A Bordeaux, une expo immersive permet de vivre le quotidien d’une jeune femme iranienne

CULTure L’expo « 24 h de la vie d’une femme » créée par la compagnie Ars Anima est lancée à Bordeaux, ce samedi

Elsa Provenzano
— 
Des lycéens ont visité l'exposition en se glissant dans la peau de Shayda, une iranienne militante des droits de l'Homme.
Des lycéens ont visité l'exposition en se glissant dans la peau de Shayda, une iranienne militante des droits de l'Homme. — E.Provenzano
  • Ce samedi, l’exposition immersive 24 h de la vie d’une femme est présentée pour la première fois en France à Bordeaux, par la compagnie Ars Anima.
  • Elle plonge les visiteurs dans la vie de six femmes engagées du monde entier, au travers d’espaces scénographiés, animés par des comédiens.
  • On découvre par exemple la vie de Shayda, qui a grandi dans le Kurdistan Iranien et qui a défié plusieurs interdits pour affirmer sa liberté.

« Six muses », selon les mots de Cécile Delalande, la directrice artistique d’Ars Anima la compagnie qui lance son exposition immersive 24 h de la vie d’une femme ce samedi à Cap Sciences, sur les quais de Bordeaux. Les visiteurs peuvent se mettre dans la peau d’une des six femmes dont l’exposition retrace les parcours, depuis son enfance jusqu’à l’époque contemporaine, en s’arrêtant sur les étapes marquantes de sa vie. Pendant environ une heure, son histoire est racontée par des comédiens au travers de quatre espaces scénographiés.

Dans une pièce à la lumière tamisée, des lycéens découvrent le début de l’histoire de Shayda, troisième d’une fratrie de huit enfants, née en mars 1977, dans le Kurdistan iranien. Les comédiens s’adressent aux visiteurs comme s’ils étaient Shayda et narrent sa vie intime créant immédiatement un lien de proximité avec elle. Son père aurait préféré avoir un garçon et, si elle grandit entourée d’amour, elle comprend vite qu’elle n’a pas les mêmes droits que ses frères. Elle a l’interdiction de sortir seule et ne peut pas s’adonner à sa passion, le dessin, car « seul Dieu crée ». Sa fugue qui se soldera par un conseil de famille, ses aspirations artistiques et ses moments de désespoir sont retranscrits « avec fidélité », assure Shayda Hessami, qui a découvert avec émotion le parcours vendredi, à l’occasion de l’inauguration de l’exposition.

« Ce n’est pas que mon histoire »

Mises en relation par l’intermédiaire de l’Unicef, Shayda Hessami et Cécile Delalande se rencontrent à Paris. Si l’Iranienne avait déjà été sollicitée pour des projets autour de sa vie, elle avait la conviction qu’il fallait que ce soit elle qui raconte. Et en même temps, il était compliqué pour elle de prendre en charge ce projet toute seule et l’exposition-spectacle d’Ars Anima lui a offert un entre-deux. « Avec ce projet, j’ai senti que je pourrai être moi, c’est vrai qu’il y a des comédiens mais c’est moi qui raconte l’histoire », estime-t-elle, évoquant l’écriture à distance, crise sanitaire oblige.

« Ce n’est pas que mon histoire c’est celle de plusieurs femmes, continue Shayda Hessami. C’est une opportunité de porter la voix des femmes, pas seulement Iraniennes ou Kurdes, mais de toutes celles qui vivent sous des lois obligatoires et qui ne sont pas libres de s’exprimer, comme au Yémen par exemple. » En 2021, elle a créé le réseau « Voix des femmes sans frontières » (lire encadré) pour aider les militantes à travers le monde.

Cinq autres parcours de femmes issues de Guinée, du Guatemala, du Nigeria, d’Inde et de France sont à découvrir. L’exposition est visible jusqu’au 6 novembre, à Bordeaux.

« Voix des femmes sans frontières »

Le réseau « Voix des femmes sans frontières » réunit aujourd’hui trente femmes, journalistes et activistes forcées à l’exil, issues de douze pays différents. Il leur propose un espace sécurisé pour porter la voix de leurs populations et travailler sur leurs droits. Le réseau développe des actions de sensibilisations (webinaires, conférences et prochainement une chaîne de podcasts, en France).

La Maison des journalistes en France et Reporters sans frontières (RSF) ont coopéré avec le réseau. Il compte parmi ses partenaires financiers le ministère français de l’Europe et des affaires étrangères et la fondation femmes méditerranéennes. La fondation Raja-Daniele Marcovici, Amnesty International France, HCR et Unfpa ont soutenu les actions en direction de la Syrie et de l’Irak. Le réseau est encore à la recherche de soutiens financiers pour continuer ses actions.