Lille : « Et la femme créa Hollywood », un documentaire sur les pionnières oubliées du cinéma

HOLLYWOOD Un documentaire, diffusé lors du festival CineComedies à Lille, raconte pourquoi et comment les pionnières de Hollywood sont tombées dans l’oubli

Gilles Durand
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Dans les années 1910, les femmes occupaient tous les postes dans les studios de cinéma d'Hollywood. Extrait du documentaire "Et la femme créa Hollywood", de Clara et Julia Kuperberg.
Dans les années 1910, les femmes occupaient tous les postes dans les studios de cinéma d'Hollywood. Extrait du documentaire "Et la femme créa Hollywood", de Clara et Julia Kuperberg. — Capture d'écran
  • Entre 1900 et 1920, ce sont les femmes qui régnaient sur les studios de cinéma de Hollywood, avant d’être rayées des registres de l’Histoire.
  • Un documentaire de Clara et Julia Kuperberg, baptisé « Et la femme créa Hollywood », retrace cette période étonnante.
  • Le documentaire est diffusé dans le cadre du festival CineComedies, à Lille, qui se tient de mercredi à dimanche.

Connaissez-vous Frances Marion, Alice Guy ou encore Dorothy Arzner ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls à n’avoir jamais entendu parler de ces femmes ! Et pourtant, elles font partie des centaines de pionnières qui ont écrit les premières pages de la légende d’Hollywood, au début du XXe siècle. Car entre 1900 et 1920, ce sont les femmes qui régnaient sur les studios de cinéma. Avant d’être rayées des registres de l’Histoire.

Le festival CineComedies, qui se tient à Lille de mercredi à dimanche, a décidé de se pencher sur ce pan oublié de l’aventure cinématographique en diffusant le documentaire Et la femme créa Hollywood (vendredi, 14h30, au cinéma Le Métropole, à Lille). Les deux réalisatrices, Clara et Julia Kuperberg, reviennent sur cette étonnante épopée.

Patronne du premier studio de cinéma

« Nous avons été sidérées de découvrir cet épisode caché d’Hollywood, expliquent les réalisatrices à 20 Minutes. Jamais, pendant nos études de cinéma, nous n’en avions entendu parler. » Retour en 2014. Les deux cinéastes françaises s’engagent dans un documentaire sur l’arrivée des femmes aux postes clés des studios hollywoodiens, au début des années 1970. Or, à leur grande surprise, elles apprennent, au fil des interviews, qu’un premier âge d’or a existé au sein des studios californiens.

C’est Ally Acker, une réalisatrice américaine, qui les tuyaute. « Elle nous a raconté être tombée, en 1986, sur un carton d’archives de la cérémonie des Oscars datant des années 1910, se souviennent-elles. Des femmes étaient sur toutes les photos : derrière la caméra, au montage des films, à l’écriture des scénarios et même comme productrices. »

En tout, une centaine de noms remontent à la surface. A commencer par celui de la Française Alice Guy. Ancienne secrétaire de Gaumont qui vend alors des caméras, elle débarque en Amérique avec son mari pour y monter le premier studio de cinéma dont elle devient la patronne. CineComedies lui rend aussi hommage en diffusant certains de ses courts métrages (jeudi, 16h30, à Skema business school, avenue Willy-Brandt, à Lille).

Activité peu valorisante

En fin de compte, la raison de cette concentration féminine est toute simple. A ses débuts, le cinéma est une activité nouvelle, peu valorisante donc boudée par les hommes. « La diffusion de courts métrages sert à combler les pauses dans les salles de music-hall, pendant le nettoyage de la scène, entre deux spectacles », racontent les sœurs Kuperberg. Peu à peu, l’activité va se développer et de nouveaux métiers vont se créer, comme, un siècle plus tard, avec Internet.

Par exemple, le documentaire raconte que les femmes deviennent tout simplement monteuses car elles savent coudre et qu’elles ont de petites mains, habiles à travailler la pellicule. Ce n’est qu’avec l’arrivée du parlant et après la crise de 1929 que les hommes vont reprendre la main. Le cinéma devient alors une véritable industrie, les syndicats corporatistes se créent pour séparer les emplois. « A l’époque, les femmes n’ont aucun droit, surtout pas celui de se syndiquer. Alors elles disparaissent. Avant 1930, on compte une centaine de réalisatrices, après 1930, il n’en reste que deux », déplorent Clara et Julia Kuperberg.



A la marge, les films engagés qui évoquaient la cause des noirs, des juifs, des homosexuels ou l’avortement. Désormais, il faut davantage de sujets légers pour nourrir les films. Beaucoup de ces femmes, comme la comédienne et réalisatrice Mary Pickford, vont finir dépressives. L’histoire officielle d’Hollywood commence à être écrite dans les années 1940, par des hommes. Qui ont oublié, volontairement ou non, cette période féminine.