Z Event : « Mon seul viewer, c’est mon retour vidéo ! », la solitude des petits streameurs sur Twitch

VOTRE VIE, VOTRE AVIS À l’occasion du ZEvent, « 20 Minutes » a donné la parole aux joueurs qui se sentent parfois un peu seuls sur Twitch

Nicolas Bonzom
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Un joueur, sur Fortnite (Illustration)
Un joueur, sur Fortnite (Illustration) — SIPA
  • À l’occasion du Z Event, qui débute ce vendredi soir, 20 Minutes a donné la parole à des petits streameurs, qui n’ont que peu ou pas du tout de spectateurs.
  • « J’ai pris l’habitude de parler seul, confie Mathis. Je suis là pour être moi, peu importe si c’est juste des amis qui me regardent, des inconnus. Ou personne. »
  • « J’ai changé pas mal de jeux, j’ai tout essayé, rien n’y fait ! », confie un joueur.

Sur Twitch, il y a les mastodontes du streaming. Ceux dont les abonnés se comptent par dizaines, voire par centaines de milliers, et dont les revenus donnent le vertige. Et il y a les autres, les petits streameurs. Ceux qui n’ont que très peu de spectateurs, voire pas du tout. À l’occasion du Z Event, qui débute ce vendredi, 20 Minutes a donné la parole à ces passionnés, qui s’éclatent sur Twitch, bien qu’ils soient seuls, ou presque.

C’est le cas de William, alias Bob le caribou. « Ça fait quatre ans que je streame, et mon seul viewer [spectateur], c’est mon retour vidéo, se marre-t-il. Le seul truc qui me fait rester, c’est la passion. » Bien sûr, dit-il, « je hurle de jalousie en voyant certains qui percent ». Notamment ceux, qui, juge-t-il, n’ont pas « un quart de la diction ou de la qualité que j’ai ». « La solitude du streameur, c’est vrai que, parfois, c’est démoralisant », reconnaît Mathis. « J’ai pris l’habitude de parler seul. Je suis là pour être moi, peu importe si c’est juste des amis qui me regardent, des inconnus. Ou personne. »

« Il faut être prêt à parler tout seul »

Récemment, poursuit Alexandre, « j’ai écourté un stream car plus personne ne parlait dans le chat, et j’ai éprouvé un énorme moment de solitude ». Thardoth, lui, a carrément « retiré le compteur de viewers » sur son live, car « c’est trop anxiogène, et ça peut décourager ». De toute façon, assure-t-il, « il faut être prêt à parler tout seul, comme si tu avais du monde. Car dans l’hypothèse où une personne clique sur ton live et te voit amorphe, manette en main, ça ne va pas lui donner l’envie de rester ! »

Ivan, qui streame sous le pseudo de Warnado, lui, n’a « jamais dépassé les 15 viewers ». Mais peu importe. Il voit ça comme « une discussion dans un bar ». « Une personne arrive sur mon stream et nous faisons connaissance ». Et comme c’est le calme plat, elle « n’hésite pas à raconter sa vie, et vice-versa. Cela devient une discussion entre inconnus, qu’on ne reverra peut-être jamais », raconte Ivan, qui se souvient avoir discuté avec « un tireur d’élite de l’Armée de terre ». Certains, sur Twitch, ont peu de spectateurs. Mais des spectateurs fidèles. Et quand ils ne sont pas là, c’est le coup de blues assuré. Comme des amis, « nos relations viennent à me manquer », explique Kevin, alias Quisif, « triste » quand ils ne sont pas là. Autant qu’eux, dit-il, « quand je dois m’absenter ».

« J’ai changé pas mal de jeux, j’ai tout essayé, mais rien n’y fait ! »

Mais pour Lou, alias Loupiotte TV, les scores n’ont pas d’importance, sur Twitch. « Quand on débute, on se base beaucoup sur les chiffres, le nombre de followers, de viewers, etc. Il faut apprendre à se détacher de tout ça, sinon on ne s’en sort pas, et on perd la motivation, on arrête de streamer petit à petit, puis on laisse tomber. » Certains joueurs, pour tenter de conquérir un public plus large, se sont remis en question. En vain, parfois. « J’ai changé pas mal de jeux, j’ai tout essayé, mais rien n’y fait ! », déplore l’un d’eux. « Parfois, on s’acharne sur un jeu, et on jette de temps en temps un œil au compteur de viewers qui reste bloqué à zéro, déplore l’un d’eux. Si la chaîne ne décolle pas, qu’est-ce que cela dit de la personne qui l’anime ? » Mais, poursuit ce joueur, « il ne faut pas tenter de conquérir des vues à travers un travestissement de nos goûts ».

Minilazy est de cet avis. « Je ne me suis jamais forcée à faire un jeu à la mode pour séduire, confie-t-elle. Je ne fais que ce qui me plaît, Sims 4, Animal Crossing, et Pokémon. » Certains, enfin, assurent qu’ils ne sont pas là pour la gloire. S’ils ont débarqué sur la plate-forme, c’est pour aller mieux. « J’ai commencé Twitch car j’étais dans une période pas très cool dans ma vie, témoigne Alexis, qui rassemble entre 5 et 10 personnes lors de ses prestations. J’avais besoin de m’occuper l’esprit pour ne pas sombrer. » Au début, il était un peu seul. « Puis sont arrivés les premiers spectateurs », note-t-il. « Ces gens-là sont ensuite devenus mes amis. Ma vie a changé. »

« Regarder des streams m’aidait à calmer mes crises d’angoisse, confie une streameuse. Je me suis lancée pour parler de l’anxiété, et aider des gens comme moi. Aujourd’hui, le stream permet de me sentir beaucoup mieux et acceptée comme je suis. La communauté m’aide beaucoup, même pour des petits problèmes. Partager avec des gens, rigoler, ne pas avoir cette barrière du jugement, ça rend mon monde beaucoup plus facile à vivre dedans. » Anna, elle, a attaqué le streaming pour l’empêcher « de sombrer ». « Je me levais en larmes, mais je me levais, parce que je savais que j’allais parler à quelques personnes sympas qui venaient me voir moi », dit-elle. Alors oui, elle a parfois la rage, « de voir d’autres personnes qui livent depuis moins longtemps que moi avoir des milliers de followers. Mais au fond, quand je prends du recul, je m’en fiche, j’ai une communauté toute petite, mais ce ne sont que des gens gentils avec qui je passe de super moments. » Et elle n’échangerait ça, dit-elle, « pour rien au monde ». C’est aussi ça, Twitch.