Phoenix: «La French touch, ça signifie encore quelque chose»

INTERVIEW La pop-rock des Versaillais a embrasé le désert californien dimanche, lors du festival Coachella...

Propos recueillis par Philippe Berry

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Phoenix, sur la scène du festival Coachella, le 18 avril 2010.
Phoenix, sur la scène du festival Coachella, le 18 avril 2010. — C.PIZZELLO/AP/SIPA

De notre correspondant à Los Angeles

Les pauvres revenants de The Pavement ont dû se contenter d'une foule clairsemée ce dimanche soir. Et pour cause: les dizaines de milliers de spectateurs du Festival Coachella étaient massés devant la scène voisine, pour la venue des Frenchies de Phoenix, applaudis triomphalement. L'occasion de s'entretenir avec Branco» (Laurent Brancowitz, guitariste du groupe) sur leur succès américain.

 

C'est votre second passage par Coachella après 2006...
… qui fut sans doute notre pire concert (avec pas mal de problèmes techniques, ndr). On est revenu remonté, avec l'esprit revanchard. Coachella, c'est un cadre fantastique, avec des groupes fabuleux. On est dans un environnement hostile, entouré par le désert. C'est une expérience à part.
 

Un Grammy, des titres en boucles à la radio... Comment expliquez-vous votre popularité sans doute plus importante aux Etats-Unis qu'en France?
C'est toujours mystérieux. Notre second album avait cartonné en Scandinavie. Notre dernier, c'est aux Etats-Unis (le single 1901 a un temps occupé la tête des charts rock, ndr). Notre passage dans Saturday Night Lights (SNL) a été un détonateur puissant.
 

La pub pour Cadillac également?
Oui. En général, on dit non à tout, mais là, ça semblait poétique et différent. Cadillac, c'est un morceau du rêve américain. La publicité, ça ouvre un canal détourné pour faire connaître un titre.

Comment vous êtes-vous retrouvés dans le mythique SNL?
Deux mois avant la sortie de Wolfgang Amadeus Phoenix, l'album était déjà piraté et disponible en téléchargement. Quelqu'un l'a entendu et nous a contacté.
 

Le piratage, ça peut donc avoir du bon?
Oui. Au fond, que notre musique passe de main en main, c'est ce qui nous tient à coeur en tant qu'artiste. Après il y a des côtés négatifs, mais cela permet à certains de découvrir des groupes.
 

Voir un de ses titres rock repris par une chorale d'enfants, ça fait quoi?
Ça nous a émus. Sur le papier, ça ne doit jamais marcher, mais le résultat est magique.


Votre accent bien français en interview, c'est naturel ou cultivé?
Comment dire. On a un accent minable en anglais. Au début, on essayait de prendre un bon accent américain. Sauf que personne ne nous comprenait. Du coup, on ne fait aucun effort ça se passe beaucoup mieux.


Sofia Coppola (compagne du chanteur Thomas Mars) ne vous aide pas?
Non, non. Je crois qu'on est irrécupérable. Mais on en est assez fier.


A quand le successeur de Wolfgang Amadeus Phoenix?
On n'en a pas écrit une seconde. On n'écrit jamais en tournée. Mais on a plein d'idées. En revanche, on a bossé la BO du prochain film de Sofia Coppola, Somewhere (attendu cette année).


Phoenix, Charlotte Gainsbourg, Club 75, David Guetta, Yann Tiersen... La France était largement représentée à Coachella. La French touch, ça veut encore dire quelque chose?
Oui. Surtout pour la première vague, avec Air, Daft Punk etc. On se connaît tous, il y a une vraie amitié. La musique est pourtant différente mais on partage un certain esprit assez indéfinissable, une envie de créer.

Le Festival Coachella

Cest un peu l'équivalent américain des Eurockéennes, les palmiers et les 35° de Palm Desert en plus. Trois jours, une centaine de groupes et de 70.000 à 100.000 spectateurs, avec une affiche 2010 qui tapait large: du blockbuster (Muse, Gorillaz, Thom Yorke, Jay-Z, LCD Soundsystem ou Tiesto), du tendance (Vampire Weekend, Phoenix, Julian Casablancas, Gossip, Temper Trap), des «super» groupes (Them Crooked Vultures, Club 75, Dead Weather) et un paquet d'excellentes surprises (Hot Chip, The XX, Florence and the machine).