Olivier Cachin: «la prison ne crée pas le talent»

MUSIQUE Le spécialiste du rap analyse les rapports entre rappeurs et prison…

Propos recueillis par Laure Beaudonnet

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Pendant sa cavale, Mister You a publié de nombreuses vidéos sur son blog.
Pendant sa cavale, Mister You a publié de nombreuses vidéos sur son blog. — SKYROCK

Encore un rappeur sous les verrous. Cette fois, c’est Younes Latifi, alias Mister You qui est condamné ce mardi à deux ans de prison ferme et à 5000 euros d’amende pour trafic de stupéfiants par la 16ème chambre du tribunal correctionnel de Paris. C’est à se demander s’il faut avoir des démêlés avec la justice pour être crédible dans le milieu. Olivier Cachin, journaliste et écrivain spécialiste de la culture rap, explique à 20minutes.fr pourquoi la case prison fait souvent partie du jeu.

Pourquoi la plupart des rappeurs font-ils de la prison?

Statistiquement, la plupart des rappeurs viennent de banlieue où ils sont très fréquemment contrôlés. Ils évoluent et grandissent dans un environnement où le business illicite est largement répandu. Du même coup, ils y entrent plus facilement.

Gagnent-ils en crédibilité lorsqu’ils font de la prison?

Tout dépend de quel rap nous parlons. Si on parle d’Hocus Pocus, on n’est pas sur le même terrain que Booba. Ces deux univers ne partagent pas les mêmes codes. Dans certains milieux, la prison est glorifiée. On pense qu’elle a une influence sur la qualité de l’art. Par exemple, on reproche souvent à Booba qu’il ne dit pas la vérité. Sauf qu’en termes de métaphores, il est le roi. On n’aime pas un artiste parce qu’il délivre une vérité.

Certains pensent-ils que la prison les valorise?

Il en existe qui se vantent d’être allés derrière les barreaux. Tout le monde roule des mécaniques, mais je verrais mal des rappeurs chercher à aller en prison juste pour créer un «buzz» sur eux. Qu’ils l’utilisent pour, ensuite, en créer un, pourquoi pas. Ce serait légitime. De manière générale, quand vous parlez avec eux, ils ne vous disent pas que leur séjour était une partie de plaisir. 

Peut-on parler d’un avant et d’un après?

La prison n’est pas anodine et on ne peut pas la considérer comme telle. Par contre, dire qu’on l’entend dans leurs disques, je ne crois pas. Je pense à Alibi Montana qui a passé 1.260 jours en prison pour tentative d’homicide. Une fois sorti, il a fait un album qu’il a intitulé 1260. Booba aussi est passé par là. Il s’est inspiré de son expérience pour écrire «La lettre». C’était une belle manière de transformer un aléa de la vie. Mais ce n’est pas parce qu’on a fait de la prison que, d’un coup, on devient talentueux. Elle n’ajoute rien à ce qu’on avait à l’origine.

Est-ce qu’ils s’assagissent?

Lorsque les rappeurs tiennent des propos violents, ils continuent à les tenir. On sait bien que la prison ne résout rien. Elle n’a pas la vertu éducative qu’on lui approprie. Elle n’améliore rien.