Le métal, nouveau grand Satan

MUSIQUE Le festival Hellfest déchaîne les passions chez les politiques...

Julien Ménielle

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Capture d'écran du site du festival métal Hellfest.
Capture d'écran du site du festival métal Hellfest. — DR / HELLFEST.FR

Il y a encore peu, le rap était accusé de tous les maux. Paroles agressives, incitations à la violence envers la police... Les politiques montaient au créneau pour condamner les groupes hip hop. Seulement voilà, aujourd'hui, le rap a mis de l'eau dans son vin. Qu'à cela ne tienne, retour aux vieilles recettes, le nouveau grand Satan musical désigné sera désormais le métal.

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En ligne de mire, le festival Hellfest, qui se tiendra à Clisson du 18 au 20 juin prochain. Déjà actif à l'époque de la chasse aux sorcières du rap, le premier à dégainer a été Philippe de Villiers. En pleine campagne des régionales, le patron du MPF a fustigé le conseil régional des pays de la Loire, coupable selon lui de financer un «festival sataniste».

«Un festival qui promeut et véhicule la culture de mort»

Un discours qui a trouvé écho auprès de Christine Boutin. Dans une lettre ouverte au Pdg de Kronenbourg, partenaire de l'événement, la présidente du Parti chrétien-démocrate s'est offusquée de la tenue d'«un festival qui promeut et véhicule la culture de mort».

L'ancienne ministre a ainsi appelé l'entreprise à ne pas soutenir un événement qui «peut influencer négativement des jeunes en fragilités psychologiques au point de les amener à poser des actes graves et violents». Un vrai retour à l'année 1990, quand le groupe de heavy metal Judas Priest avait été au centre d'un procès, accusé d'avoir poussé au suicide deux de ses fans.

Un «propos d'un autre temps»

A l'époque, la justice américaine avait donné raison au groupe, blanchi des accusations qui pesaient sur lui. Cette fois, la horde chevelue a trouvé du soutien en la personne de Patrick Roy. Le député PS du Nord, dégainant comme aux plus grandes heures d'Hadopi, un magazine metal, a profité des questions au gouvernement pour interpeller Frédéric Mitterand, mardi à l'Assemblée.

«Je revendique le droit, comme des centaines de milliers de Français, à l'écouter et à y prendre plaisir», a déclaré le député au sujet de la musique métal, citant Led Zeppelin, Metallica, Gojira et autres «groupes delicieux». Avant de demander au ministre de la Culture son avis sur le «propos d'un autre temps» de Philippe de Villiers et la «lettre dictée par le diable» de Christine Boutin.

«La diversité culturelle est notre richesse»

Sous les huées des députés, Frédéric Mitterrand a appelé à «raison garder». Si le ministre comprend «que cette expression artistique puisse parfois heurter certaines sensibilités», il a estimé qu'il ne lui appartenait pas de prendre position, ni d'empêcher la tenue d'un festival qui en est à sa cinquième édition.

«La diversité culturelle est notre richesse», a tranché le ministre à la tribune. Voilà qui rassurera Motörhead, Kiss, Sepultura ou l'ex Guns n' roses, Slash, qui font partie de la programmation pléthorique du festival. Et qui mettra du baume au cœur des 60.000 métalleux attendus. Ils iront sans doute en enfer, mais ils y iront en chantant.