Le Bosphore se déverse dans l'Hudson

JAZZ Ilhan Ersahin, saxophoniste new-yorkais d'origine turque, a enregistré un album à Istanbul...

Benjamin Chapon

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Ilhan Ersahin, né d'une mère suédoise et d'un père turc, vit principalement à New York.
Ilhan Ersahin, né d'une mère suédoise et d'un père turc, vit principalement à New York. — DR

On le présente comme le dynamiteur du jazz international. Celui qui doit sortir le genre de son ornière poussiéreuse. «Il y a une nouvelle génération de musiciens qui aborde le jazz de manière fraîche et très personnelle», assure Ilhan Ersahin.

«Aucune nuit ne se ressemble»


Faisons confiance à celui qui, presque tous les soirs, dans le club qu'il a ouvert à New York, le Nublu, reçoit les plus grands espoirs. «Oh, ce n'est qu'un minuscule club, modère le jeune saxophoniste. Notre devise est The Music of Now. Ce qui signifie, la musique d'aujourd'hui, mais aussi la musique de l'instant. Aucune nuit ne se ressemble. Les musiciens doivent être à l'écoute de la salle, de ce qui s'y passe. Et s'y adapter comme des caméléons.»

Lui est du genre migreur. Entre son club, son label et ses différents groupes, il enregistre des Sessions: des albums enregistrés en un jour ou deux, dans une ville, avec une sélection de musiciens du cru. Après São Paulo, New York et Paris, sortent aujourd'hui les Istanbul Sessions. «Ces villes ont une chose en commun: leurs habitants viennent tous d'ailleurs. Personne n'est de New York ou d'Istanbul.»

«J'ai toujours mon saxo avec moi»

Il rencontre ses musiciens le plus souvent sur place. «Ce sont avant tout des rencontres amicales. Et quand des musiciens deviennent amis, c'est tout naturellement qu'ils commencent à jouer ensemble.» Le saxophoniste a également convié le Français Erik Truffaz. «On s'est rencontré dans un café à Istanbul. Le soir même, on jouait ensemble. J'ai toujours mon saxophone avec moi. On ne sait jamais…»

Turc par son père, Ilhan Ersahin a grandi en Suède, vit à New York, mais a un attachement puissant envers Istanbul. «Je ne voulais pas que les gens ressentent cet album instantanément comme turc, et qu'ils s'imaginent un moustachu avec un instrument traditionnel. Je n'ai pas voulu lui donner un style ou des rythmes turcs, mais plutôt y mettre des morceaux d'Istanbul. Je sais bien, mes explications ne sont pas très claires… Mais ma musique l'est.»

Banlieue Nublu

Demain à Saint-Ouen, avec le Nublu Orchestra, puis samedi à Aubervilliers pour une Istanbul Sessions, Ilhan Ersahin ouvrira le festival Banlieues Bleues (jusqu'au 16 avril, en Seine-Saint-Denis). Ce sera un peu de l'esprit Nublu, son club new-yorkais, qu'il apportera. «Il y a un renouveau des salles jazz dans les grandes capitales, constate ce globe-trotter. Cela a été possible grâce à des festivals qui ont accueilli les musiciens quand les clubs fermaient.» Infos sur banlieuesbleues.org.