« Partir de ma voix pour aller vers la leur »

Recueilli par Oihana Gabriel

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Comment s'est monté ce projet ?

Denis Podalydès : C'est Pascal Rambert, le directeur du Théâtre de Gennevilliers, qui a eu l'idée d'associer plusieurs voix pour lire Voix off. Certains de ceux qui lisent avec moi sont dans le livre, comme Jacques Weber ou Eric Elmosnino. D'autres sont des proches, comme les écrivains Christine Montalbetti ou Emmanuel Bourdieu. Ces représentations sont pour moi des moments d'amitié. Avec Gérard Desarthe, ce sera la première fois que j'échangerai. Ça fait trente ans que j'attends ça !

Chaque soir, un comédien ou plusieurs vous donnent la réplique. Est-ce que la couleur du texte va évoluer ?

Je l'espère. Il faut que leur personnalité infléchisse le cours de la lecture. Partir de ma propre voix pour aller vers la leur. Ce sont les invités qui choisissent les extraits de Voix off et un texte supplémentaire. Gérard Desarthe va par exemple lire un passage de Proust. Je souhaite que chaque soirée soit un moment autonome, que les dix représentations soient teintées par la voix de l'invité.

Vous arrivez à passer du rôle d'auteur à celui de metteur en scène ou acteur sans problème ?

Il n'y a rien de meilleur que de changer de casquette. Surtout pour un acteur.

Est-ce difficile de confier son autoportrait à d'autres ?

Au contraire, ça me fait plaisir. Le texte a une vie propre. Je ne vais d'ailleurs pas esquisser le moindre geste de metteur en scène. Pour une lecture, il faut laisser une grande part à l'improvisation. Si on applique un schéma, c'est mortifère.

Dans votre livre, vous parlez de certaines voix, comme celle de Jean Vilar, est-ce que vous allez les imiter ?

C'est vrai que j'ai tendance à les imiter. Mais je ne demanderai pas cela à l'invité. Je veux entendre les inflexions de Jeanne Balibar, de Jacques Bonnaffé...

Est-ce que vous aviez imaginé lors de l'écriture que ce texte pourrait être adapté pour la scène ?

Non, quand j'écris le livre, je n'imagine rien d'autre que la page. D'ailleurs, j'ai publié en mars La peur, Matamore, un monologue, et je n'ai pas du tout pensé à le transposer sur scène. W