Tété: «Il m'avait semblé que la création française était une notion importante dans ce pays»

INTERVIEW Le chanteur est de retour avec un nouvel album, «Le premier clair de l'aube» qui sort lundi...

Propos recueillis par Sandrine Cochard

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Guitare sèche, chansons à texte et mélodies accrocheuses au vague à l'âme… Les fans de Tété ne seront pas déçus par son nouvel album, Le premier clair de l’aube, très fidèle à son univers, qui sort lundi. Pour ce quatrième opus, le chanteur a réalisé un rêve de gosse: partir enregistrer aux Etats-Unis. Avenir de la musique, Internet et création française, le chanteur se livre. Interview.

Lorsque l’on parle de votre retour, vous évoquez tout de suite la scène. Pourquoi?

Je suis pressé de repartir sur la route. Les concerts occupent une place centrale dans la mesure où c’est ce qui m’a amené à ce métier. L’idée c’est d’écrire des chansons qui puissent être jouées en guitare-voix sur scène et aller se confronter au public. C’est une grande chance de pouvoir enregistrer un disque mais pour moi, c’est une carte de visite qui permet de faire plus de concerts. Un album, c’est sur scène qu’il vit.

La scène est aujourd’hui la principale source de revenus d’un artiste. Est-ce l’avenir de la musique?

Elle tient une place centrale, c’est sûr. J’ai lu récemment l’article d’un analyste qui affirmait que l’industrie allait revenir au modèle économique des années 1950. C’est-à-dire des groupes et des chanteurs qui sont tout le temps sur la route, qui écrivent sur la route et sortent un album tous les ans. C’est ce qui se profile selon cet analyste. C’est évident que l’équilibre auquel on était habitué ne marche plus.

Dans cet album, il y a la notion de temps qui passe. Vieillir vous effraie-t-il?

Non, je pense être assez à l’aise avec l’idée de vieillir. Il y a un point commun dans toutes mes chansons, c’est l’idée d’être dans le temps présent. Ce n’est pas de l’hédonisme, davantage une façon de vivre pleinement les choses. Après, le temps passe inéluctablement. Mais je trouve que l’on gagne en sérénité avec le temps, on est plus posé, plus acteur de sa vie, plus fort de soi. A l’adolescence, on a envie de tout et de son contraire, on ne sait pas comment y arriver et le bonheur est forcément toujours ailleurs et plus tard. Ce que j’aime dans le fait de vieillir c’est que le bonheur, c’est ici et maintenant. Je crois que je me sens plutôt bien oui, (rires).

Il y a pourtant une certaine mélancolie dans vos textes…

C’est drôle car on m’en parle souvent. Je distingue mélancolie et tristesse, qui est plus ouvertement sombre. La mélancolie est comme un ami imaginaire. C’est par rapport à elle que tous les instants lumineux prennent leur sens. J’ai toujours trouvé que le vague à l’âme avait quelque chose d’enivrant. Pour cet album, que j’ai enregistré aux Etats-Unis, il y avait aussi un côté beaucoup plus blues. Or, le vague à l’âme fait partie de ce genre.

Pourquoi avoir enregistré aux Etats-Unis?

L’idée c’était d’aller dans un pays anglo-saxon où la façon de jouer de la musique d’une certaine manière s’inscrit dans leur tradition. A l’origine, toutes les musiques populaires sont attachées à une époque et à un territoire et un groupe de gens, ce n’est que depuis peu qu’elles sont décontextualisées de leur socle historique et social.

Justement, dans le contexte actuel, Internet a pris de plus en plus de place. Cela vous influence-t-il

J’aime le principe de pouvoir «fixer» des moments grâce à Internet, par exemple en postant rapidement une vidéo de concert depuis sa chambre d’hôtel. Faire les choses en direct, avoir sa petite chaîne à soi, cela permet aussi de se passer d’intermédiaire. Je suis sur tous les réseaux sociaux mais j’entretiens une intéractivité avec le public depuis plusieurs années. C’est comme cela qu’a été pensé ce nouvel album. Sur chaque date de la tournée Labo Solo, on a invité les gens à nous donner leur avis sur de nouveaux morceaux, par mail et en argumentant. Cela permet de se remettre en question.

Internet est aussi perçu comme un épouvantail dans l’industrie musicale. Qu’en pensez-vous?

Je pense qu’il y a eu un comportement inapproprié qui a engendré une réponse inappropriée. Il faut toutefois bien comprendre qu’au train où vont les choses, il n’y aura bientôt plus de création française et il m’avait pourtant semblé que c’était une notion importante en France. C’est drôle de voir comment les choses tournent, quelques années après la loi Toubon. L’exception culturelle française est un motif d’orgueil national. Voir qu’aujourd’hui, on laisse tout ça aller au caniveau, ça laisse une impression de «tout ça pour ça».