La renaissance d'un mythe

MUSIQUE Massive Attack revient avec un cinquième album, «Heligoland»...

Benjamin Chapon

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La force des grandes équipes - disons de foot, puisqu'on est en Angleterre - est de savoir intégrer de nouvelles recrues. Massive Attack est une vieille équipe. Trio, duo, solo, de nouveau duo (3D et Daddy G): le combo de Bristol a su se réinventer en invitant des mercenaires de la musique.

Fondamentalement, Massive Attack n'a jamais varié d'un iota: une ligne de basse sombre et tenace comme un chagrin d'hiver, juste rehaussée d'une voix soul, déchirante comme l'espoir d'un printemps qui tarde. La réussite de ce cinquième opus, Heligoland, doit surtout au flair de 3D et Daddy G pour deviner quelles voix se marieront avec leurs mixes électro atmosphériques. Tunde Adebimpe, chanteur de TV on the Radio, apporte sa sensualité hypnotique dans Pray for Rain. Martina Topley-Bird, ex-muse de Tricky, fait des merveilles dans Babel. Damon Albarn, entre la reformation de Blur et Gorillaz, a pris le temps de participer au splendide délire électro-soul Saturday Come Slow. Enfin, il y a Hope Sandoval qui, en solo ou avec son groupe Mazzy Star, est un miracle de douceur mélancolique sur les boucles rythmiques sophistiquées de Paradise Circus. Sa voix fera fondre les coeurs de pierre et les sceptiques qui pensaient Massive Attack enterré.


Massive Attack & Hope Sandoval - Paradise Circus (New Song)

Depuis 1991 et Blue Lines, jusqu'à 1998 avec Mezzanine, le groupe avait inventé le son d'une décennie. Les années 2000 furent sombres, avec des collaborations ratées et un album dont on préfère ne plus citer le nom. Sans restaurer le lustre passé, Heligoland laisse entrevoir un avenir radieux pour les champions du chagrin.