« Il était Impossible de ne pas m'engager »

Recueilli par Stéphane Leblanc

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Un témoin privilégié. Raoul Peck, cinéaste haïtien de 53 ans, est le parrain du festival Un état du monde... et du cinéma, qui se déroulera au Forum des Images à Paris. Son dernier film, Moloch Tropical (lire encadré), y est programmé en avant-première ce soir. Encore sous le choc de son retour ce week-end d'Haïti, le réalisateur fait part à 20 Minutes de son attachement à son pays.

Qu'aurez-vous envie de dire ce soir au public ?

Je n'y ai pas encore pensé. Mais j'ai une grande envie d'échange, de partager l'amour que j ai ressenti, toute cette mobilisation qui a renforcé l'idée qu'Haïti existe bel et bien sur la carte du monde.

En tant que cinéaste, quel regard avez-vous porté sur ce pays en le retrouvant ?

C'était comme après un bombardement total. On ne reconnaît rien, ni les paysages, ni les couleurs, ni les odeurs. Et puis, il y a les réactions des gens, en dents de scie : hurlant de douleur face à la perte d'un proche ou de joie quand on retrouve un survivant.

Pourquoi y êtes-vous allé ?

Impossible d'être un artiste qui proteste et ne pas m'engager quand on m'en donne l'occasion. J'ai beaucoup circulé, secouru, réconforté, conseillé. J'ai été frappé par la capacité de la population à se prendre en main.

Vous avez tourné votre dernier film en Haïti ?

Oui. En même temps, c'est un film que je voulais universel et distancé. Une sorte de pamphlet. Pour le personnage du président, je me suis inspiré autant d'Aristide [ex-président d'Haïti] que de Bush ou de Berlusconi. Ce qui importait, c'était de décrire à quel point le milieu du pouvoir, en dépit de son apparente humanisation, reste d'une rare violence. C'est comme ça partout dans le monde.

Votre expérience de ministre de la Culture, entre 1995 et 1997, vous a-t-elle servi ?

Bien sûr, et les anecdotes, les plus drôles comme les plus cruelles, sont toutes bien réelles. W