Les qualités de la BD se conjuguent au pluriel

à Angoulême, Benjamin Chapon

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« C'est vraiment formidable ! » Tout ministre de la Culture qu'il soit, Frédéric Mitterrand n'a pas échappé aux banalités d'usage sur « Tintin et Spirou » lors de sa visite dominicale. Moins cliché, le grand prix de la ville d'Angoulême a été décerné à Baru, un auteur qui se frotte à des sujets difficiles et à une recherche graphique. Pendant que le jury récompensait l'humour potache de Riad Sattouf en décernant le prix du meilleur album au 3e tome de « Pascal Brutal ». Ce grand écart est au coeur même du festival qui a concilié succès populaire et exigence artistique.

Nombre des 220 000 visiteurs ont ainsi acclamé, dans une cohue indescriptible Alexandre Astier, le créateur et acteur de « Kamelott », venu signer une BD tirée de sa série télé. Ceux qui se bousculaient pour une casquette en carton des « Tuniques bleues » se sont aussi pressés à l'expo Blutch, preuve que la BD peut être un art d'une force évocatrice bouleversante synthétisant des siècles d'histoire du dessin, de Rembrandt à Dali.

Le directeur artistique du festival, Benoît Mouchard, nous racontait pourtant que lors d'une réunion, le directeur d'un grand musée parisien s'était exclamé : « J'adore la sous-culture ! » Sans penser à mal sans doute. Marc-Antoine Mathieu, lauréat du prix de la critique pour Dieu en personne, préfère s'en amuser. Il estime « qu'à avoir été tellement dénigré, le monde de la BD a gagné en force et en classe. Les auteurs ont développé une inventivité et une énergie que les autres arts ont perdues. » Le mot de la fin revenant à un Frédéric Mitterrand décidément très inspiré : « Vive la BD ! » W