J.D. Salinger: Un auteur intense et insaisissable

LITTERATURE L'auteur de «L'Attrape-coeurs» vivait reclus depuis près de trente ans...

Stéphane Leblanc, avec C.C.

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L'écrivain américain J.D. Salinger en 1951.
L'écrivain américain J.D. Salinger en 1951. — SIPA

La mort de l'écrivain américain Jerome David Salinger à l’âge de 91 ans a été annoncée ce jeudi par son fils. C’était un homme secret, insaisissable, qui fuyait obstinément les journalistes et les photographes depuis près de cinquante ans.

Un auteur intense
 
C’était pourtant un auteur intense, comme le prouve son roman «L’Attrape-cœurs» («The Catcher in the Rye»), qui restera comme son chef d’œuvre. Ce best seller, qui a su toucher des générations depuis sa publication en 1951, retrace les trois jours d’errance d’un garçon de seize ans dans les rues de New York.

Un personnage attachant, sans doute autobiographique, une langue parfois cru, et un ton réaliste, parfois teinté d’humour, vont traduire à merveille les inquiétudes que peut ressentir un adolescent face à l’entrée dans l'âge adulte. Quand le livre sort, il connaît très vite un succès considérable, aux Etats-Unis mais aussi dans le monde entier, qui ne se dément toujours pas aujourd’hui.

Né en 1919 à New York
 
Ce qui est frappant, c’est que rien ne prédisposait ce jeune homme, né en 1919 à New York dans une famille de commerçants, à devenir écrivain. A l’école, il avait même la réputation d’être «le pire étudiant d'anglais dans l'histoire du collège». Il s’obstine pourtant dans les études littéraires, et publie sa première nouvelle en 1940.

Mais en 1942, il se retrouve appelé sous les drapeaux où il devient agent du contre-espionnage. Le 6 juin 1944, il participe au débarquement à Utah Beach. Et revient aux Etats-Unis, profondément marqué par les combats en Normandie et la découverte de l’existence des camps de concentration. Après la guerre, une de ses nouvelles fait sensation: «Un jour rêvé pour le poisson-banane» (1950).

«Rester dans l'anonymat et l'ombre»

Puis c’est «L’Attrape-cœurs» (1951), son premier et seul roman. Des recueils de nouvelles suivront, dont «Franny et Zooey» (1961) et «Seymour, une introduction» (1963), qui marqueront la fin de ses apparitions publiques. Car Salinger ressentait depuis plusieurs mois une «inclination assez subversive» à vouloir «rester dans l'anonymat et l'ombre».

J.D. Salinger s’est marié plusieurs fois, s’est laissé tenter au cours de sa vie par l’hindouisme puis par la scientologie. Mais il a toujours fermement refusé qu’on lui consacre une biographie. Et aussi qu’on adapte «L’Attrape-cœurs» au cinéma, malgré les tentatives répétées de nombreux studios hollywoodiens.

Les mémoires salées de sa fille

En 2000, sa fille, Margaret Ann Salinger, avait mis en lumière dans ses mémoires des passages très durs de la vie privée de l'écrivain. Elle décrivait son père comme une personne très égoiste qui détestait ses proches et buvait sa propre urine.

«Je vois bien que ma sœur est rongée par la colère, mais il n'était pas juste pour autant de publier un livre, c'est même plutôt pathétique», avait déclaré Matthew, le fils de J.D. Salinger, au Sunday Times.

Des ouvrages non publiés en prévision?


L'écrivain avait également refait parler de lui en juin dernier lorsqu'il avait porté plainte contre un Suédois qui envisageait de sortir une suite de «L'Attrape-coeurs». «Cette suite n'est pas une parodie, ce n'est pas un commentaire ou une critique de l'original, avaient déclaré les avocats de J.D. Salinger. C'est du vol pur et simple».

Désormais, sa mort signifiera peut-être, dans les mois ou les années à venir, la publication d'un certain nombre d'ouvrages que J.D. Salinger aurait écrit depuis les années 1960, sans pour autant les publier.