Tonie Marshall: «Le mobile interroge sur ce qu'est un film»

INTERVIEW La réalisatrice est la présidente du jury du Mobile film festival, qui remet son palmarès jeudi soir...

Propos recueillis par Sandrine Cochard

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SIPA

Filmer une histoire d’une minute sur son téléphone portable? C’est le pari relevé par la cinquantaine de candidats retenus pour la 5e édition du Mobile film festival qui s'achève jeudi soir. Un défi salué par Tonie Marshall, devenue «un peu par hasard» présidente du jury qui rend son palmarès ce jeudi. La réalisatrice nous a reçus à son bureau, tôt le matin, à l’heure du café et des petit beurre… Interview.

Qu’avez-vous  pensé de cette cuvée 2010?

La consigne de tourner en une minute est très contraignante et je salue le travail des candidats qui ont relevé ce défi. A l’arrivée, cela donne des petits films qui relèvent plus de la publicité que du cinéma. Parfois le film tenait en une parole, en une idée ou en une image, c’est difficile de développer. Un candidat a tenté de refaire Autant en emporte le vent mais c’est impossible en une minute. Il y a tout de même 3-4 films qui ont fait preuve d’inspiration cinématographique et  qui pourraient aboutir à un court-métrage.

Avez-vous déjà un favori?
Oui et je pense que je vais devoir le défendre auprès de mes partenaires car ils ont été moins bouleversés que moi.

Ce festival vous a-t-il donné envie d’essayer?
Absolument pas! Le format d’une minute est trop contraignant. Sur mobile, il ne peut y avoir que des programmes courts très efficaces. Cela interroge sur ce qu'est un film.
 
On consomme pourtant de plus en plus de fictions sur les supports mobiles, qu’il s’agisse d’un téléphone ou d’une console de jeux. Est-ce la fin du grand écran?
Non je ne crois pas. J’ai vu il y a peu la bande-annonce d’un de mes films sur un iPhone et je me suis dit que c’était une bonne façon de redécouvrir un film, mais pas de le découvrir. On rate trop de détails avec le petit écran. On ne peut pas raconter de la même façon. Il faut être plus frontal, moins subtil. Il y a une petite déperdition, notamment d’attention car on peut être distrait. Il est facile de rater un regard ou une expression.  Dans une salle de cinéma au contraire, on «entre» dans le film. Le rapport est différent. Godard disait «on lève la tête» et c’est juste. On doit pouvoir regarder Avatar sur le mobile, mais c’est quand même mieux de le découvrir en 3D sur grand écran.

Qu’avez-vous pensé de ce film?

J’ai trouvé que le film était intéressant mais ce qui m’a frappée, c’est l’expérience de la 3D. C’est incroyablement physique, c’est un autre rapport à l’écran qui suppose une très forte concentration. Cela joue sur l’implication du spectateur, qui devient partie prenante. Il y a quelque chose de très hallucinatoire. Ça m’a fait penser aux expériences des années 1970 sur le LSD. A cette époque, les artistes en consommaient pour modifier leurs perceptions, ils avaient l’impression de voler etc. Je me demande si James Cameron (le réalisateur d’Avatar, ndlr) n’est pas de cette génération. Le cinéma a certainement franchi un nouveau cap avec ce film. C’est un nouveau moyen pour attirer du public dans les salles car la 3D est encore réservée au cinéma, pas à la télévision. En revanche, je ne pense pas que tout fonctionne en 3D. Par exemple, je suis réservée sur Alice au pays des merveilles, de Tim Burton, en 3D. Je me demande si ce n’est pas mieux à plat.