La petite phrase ou le statut comme #art?

TENDANCE Sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter, les internautes se piquent de littérature...

Karine Papillaud

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Dans la collection« Lu sur Facebook », les auteurs ont compilé les meilleurs statuts.
Dans la collection« Lu sur Facebook », les auteurs ont compilé les meilleurs statuts. — DR

L'avenir de la création littéraire serait-il contenu dans les bons mots des réseaux sociaux? Aujourd'hui sort Lu sur Facebook (éd. Biliki), une collection de trois premiers livres où les auteurs Patrick Lowie, Frédéric Vignale et Arnaldinho Gaucho ont compilé environ trois cents de leurs meilleurs statuts. «L'idée était de pérenniser ces aphorismes modernes, explique Patrick Lowie, également directeur de la collection. Parce qu'il suffit d'un bug ou d'un clash pour perdre toute cette poésie.»

«Twiller», «twaïkus»...

C'est le site Twitter qui, le premier, il y a environ trois ans, a inspiré les auteurs en mal de création. Une microlittérature lancée avec les «novelsin3lines» inspirées de l'oeuvre de l'écrivain français Félix Fénéon (1861-1944) qui, lui, composait encore à la plume ses «nouvelles en trois lignes», souvent sur des faits divers, dans le journal Le Matin.

Un «twiller», un thriller à épisodes composé de 140 caractères, a même été créé en 2008 par un journaliste du New York Times, Matt Richtel, sous le nom de Hooked. Aujourd'hui, des sites se consacrent aux «twaïkus», courts poèmes (comme les haïkus japonais) postés sur Twitter. Les écrivains connus s'y mettent: en décembre, Rick Moody (Tempête de glace, Ed. de l'Olivier) ­publiait Some Contemporary Characters, une histoire écrite en direct pendant trois jours, composée de 153 twitts (messages) et suivie par pas moins de 38.000 personnes.

«Rien ne laisse présager une nouvelle forme de litterature»

Mais parle-t-on de création ou d'une évolution des formes existantes? «C'est de l'interface, ça ne révolutionne pas le contenu, estime Stephen Carrière, directeur des éditions Anne Carrière. Rien ne laisse présager une nouvelle forme de littérature. Le format peut avoir une influence sur le fond comme l'invention de l'imprimerie, la périodicité chez les feuilletonistes, peut-être bientôt l'hypertexte et le multimédia sur e-book, mais ce qui manque au Web 2.0, c'est le tri...»

Un point de vue que semble partager le sociologue Dominique Cardon: «Les capacités narratives sont très inégalement distribuées dans nos sociétés et si les phrases de statut peuvent amener la diversité du vécu, seuls les plus adroits parviennent à maîtriser les codes et les formes permettant d'en faire de la littérature.» En se servant des réseaux sociaux comme de créatifs labos.