Le marché du disque a touché le fond

MIDEM La chute des ventes semble s'enrayer mais le disque ne se vendra jamais plus...

A Cannes, Benjamin Chapon

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Au Midem,le marché international de la musique, le 18 janvier 2009 à Cannes.
Au Midem,le marché international de la musique, le 18 janvier 2009 à Cannes. — Eric Gaillard / REUTERS

Le disque ne pourra pas tomber plus bas. Le Syndicat National de l’Edition Phonographique (SNEP) a confirmé lundi matin, lors du 44ème Midem à Cannes, la tendance annoncée depuis plusieurs semaines par les principales maisons de disques: la chute des ventes semble s’enrayer. Après plusieurs années de décroissance à deux chiffres, le syndicat des maisons de disques était ainsi fier d’annoncer une baisse de «seulement 3,2%.»

>> A suivre sur 20minutes.fr, un bilan des «idées» pour révolutionner le monde de la musique qui ont marqué le Midem.

Effet Hadopi

Le mois de décembre 2009 a même été stable par rapport au moins de décembre 2008. Une première depuis cinq ans. Mieux, si le premier semestre 2009 a été catastrophique (-17,8% de ventes), le second a été positif (+9,3%). Cette «belle embellie», les patrons de majors y voient «un premier effet psychologique de la loi Hadopi, la récréation est terminée.» Autre motif de satisfaction, la progression du téléchargement légal. Le SNEP parle même d’explosion. Pourtant sur 2009, les ventes numériques ont baissé de 1,9%.

Le SNEP explique cette baisse par une restructuration positive du marché. Les ventes de sonneries pour téléphones portables, qui représentaient deux tiers du marché numérique en 2005, s’est effondré en 2009 (- 41%) alors même que les ventes de musique progressaient de 56%. «Vendre de la musique, c’est notre vrai métier», se félicitait Pascal Nègre, PDG d’Universal.

«Prime à la casse»

Si l’ensemble des majors s’accordent à penser que «2010 sera une année charnière», aucun acteur n’est en mesure de dire précisément en quoi les choses vont changer. Au-delà de la méthode Coué sur l’application de la loi Hadopi et du développement des offres de téléchargement légal, on constate que plus personne ne cherche de solutions pour vendre plus de disques.

Au Midem, toutes les discussions tournent autour du développement du digital. Mais là aussi, l’enthousiasme n’est pas débordant. David El Sayegh, directeur du SNEP a ainsi lâché un beau lapsus en parlant de la proposition du pass numérique préconisé par le rapport Zelnik et appuyé par le ministère de la Culture et Nicolas Sarkozy (une carte pour les 15-24 ans qui permet de télécharger de la musique à moitié prix) comme d’une «prime à la casse», avant de rectifier en parlant «d’une belle idée et d’un bel espoir.»

Pression sur les disquaires du XXIème siècle

Les rapports, voire les conflits, entre maisons de disques et plateformes de téléchargement légal, alimentent les débats. Notamment la faiblesse des avances que les maisons de disques consentent aux sites d’écoute en ligne qui peinent à émerger. «C’est le business, tranche Pascal Nègre. J’ai mis six mois à céder mon catalogue à Deezer parce qu’alors, c’était une machine à pirater. On prend le temps d’évaluer, technologiquement, les sites avant de conclure des marchés. C’est la moindre des choses. Ensuite, si le business model du site ne nous semble pas viable, on ne vend pas notre catalogue parce que les coûts de mise en place ne seront jamais remboursés. On évite ainsi aux sites non rentables de se lancer, c’est vrai. Mais on évite aussi à ces gens de perdre de l’argent. Finalement, on leur rend service!»

Les maisons de disques dépendront bientôt entièrement du succès ou de l’échec des sites de téléchargement légal et d’écoute en ligne. Elles le savent et mettent déjà la pression sur leur interlocuteur «comme on discutait avant avec les disquaires, rappelle Pascal Nègre. Si un disquaire voulait nos disques, on lui demandait d’en prendre un nombre minimum, sinon, ce n’était pas rentable de les acheminer et de les installer en magasin. Avec le digital, c’est pareil.»

En vie grâce aux morts

Pour être complet, cet état des lieux du SNEP aurait dû rappeler que le marché a, cette année, été boosté par la réédition remastérisée de l’intégrale des Beatles et celles des albums de Michael Jackson. En décembre, le disque le plus vendu en France aura été une compilation Salut les Copains. Bref, l’industrie du disque se sauve grâce à son catalogue d’artistes morts. Un bien mauvais présage alors que pour la deuxième année consécutive, en 2009, les majors ont rendu plus de contrats d’artistes qu’ils n’en ont signé.

Quand on rentre dans le détail des chiffres révélés par le SNEP, on réalise qu’en 2009, le disque n’a pas complètement achevé sa descente aux enfers mais n’en a jamais été aussi proche. «Ayons des idées», répétée comme un mantra, l’injonction imaginative aura été le tube de ce 44ème Midem. Mais dans les majors, les tubes, on ne les conçoit pas, on les exploite.