Midem: «Il ne faut pas regarder ce qui a été perdu mais ce qu'il nous reste»

INTERVIEW La directrice du Midem, Dominique Leguern, détaille les raisons d'envisager enfin un Midem de l’espoir...

Benjamin Chapon, à Cannes

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Au Midem,le marché international de la musique, le 18 janvier 2009 à Cannes.
Au Midem,le marché international de la musique, le 18 janvier 2009 à Cannes. — Eric Gaillard / REUTERS

Le 44ème Midem s’ouvre ce samedi, à Cannes, sous de meilleures auspices qu’à l’accoutumée. Depuis au moins cinq ans, le rendez-vous cannois était surtout l’occasion pour les professionnels de la musique de rendre public des chiffres de ventes en chute perpétuelle.

 
Va-t-on encore avoir droit à un Midem morose cette année ?
L’industrie de la musique est confrontée depuis quelques années à une remise en question totale de son business model. L’heure n’est pas à la morosité mais à l’élaboration de nouvelles approches.
 
Ce devait déjà être le cas l’an dernier non ?
Depuis deux ans, il y a aussi beaucoup de nouveaux acteurs. La réorganisation, ça prend du temps.
 
Derrière des chiffres flatteurs, et un second trimestre 2009 presque stable par rapport à 2008, se cachent tout de même une industrie qui ne trouve pas de solution.
C’est faux. De nouvelles sources de revenus ont été mieux exploitées par les maisons de disques ces deux dernières années, comme le merchandising, les concerts, le lien avec les fans… Il y a aussi de nouvelles collaborations avec d’autres acteurs du monde économique, des synchronisations avec des marques, des campagnes de pub spécifiquement mises en musique, l’ouverture des jeux vidéos à la création musicale… Tout ça commence vraiment à prendre. Il y aura, je pense, cette année au Midem, des annonces de résultats très encourageants dans ce sens. Sans parler des chiffres de vente de disques qui se stabilisent, du téléchargement légal qui augmente…
 
Il semble que les bons résultats de 2009 soient surtout dus aux ventes d’albums de Michael Jackson et aux rééditions des albums des Beatles…
Bien sûr, il y a toujours eu des artistes magiques. Mais au-delà, globalement, la consommation de musique augmente, elle n’a jamais été aussi élevée. Il n’y a pas de désaffection du public pour la musique. C’est une formidable nouvelle. Le problème, c’est la monétisation.
 
La musique ne semble plus avoir de valeur pour les consommateurs. Comment faire payer aujourd’hui pour quelque chose qui est, pour beaucoup de consommateurs, gratuit depuis plusieurs années ?
Cela devrait changer avec l’adoption et l’application de la loi Hadopi.
 
Rien n’est moins sûr, la loi semble techniquement obsolète avant même d’être appliquée.
C’est là le point de vue d’une minorité de personnes qui téléchargent en masse illégalement. Mais selon les plus récentes et les plus fiables des études menées auprès des consommateurs de musique, les gens sont prêts à payer pour un service en ligne de qualité, des sites d’écoute sans publicité par exemple. La technologie avance à une vitesse hallucinante et devra être mise au service de nouvelles façons de consommer la musique. Dans les périodes de crise, l’innovation prime. Il faut évidemment mettre le digital au centre du marché.
 
Et vous, vous êtes prêtes à payer la musique que vous écoutez sur internet ?
Bien sûr ! Le marché existe, il est juste différent que ce que l’on a connu autrefois.
 
Certains acteurs semblent tarder à l’admettre
Nous rencontrons les mêmes problèmes que l’industrie de la presse dont les contenus deviendront bientôt majoritairement digitaux et gratuits. Nous verrons bien si le monde de la presse a de meilleures idées que le monde de la musique… L’industrie de la photographie a parfaitement pris le virage du numérique et s’est totalement remis en question pour renaître. C’est pourquoi le Midem invite Kodak a parler de son expérience en la matière.
 
Mais tout de même, voilà dix ans que l’on parle de dématérialisation de la musique. Comment se fait-il que la crise ait pu s’installer si durablement ?
Il faut bien comprendre que le business model da la musique a été le même pendant 100 ans. Il faut du temps pour accepter qu’on ne reviendra pas en arrière. Les revenus liés à la vente de disques, et même liés à la musique en général, ne ressembleront plus jamais à ce que l’on a connu il y a une dizaine d’années. Il ne faut pas regarder ce qui a été perdu mais ce qu’il nous reste.
 
Le monde de l’édition littéraire, sans doute bientôt largement touché par la dématérialisation, observe avec attention ce qui se fait au Midem.
J’espère que cette traversée de tempête aura servi aux autres industries de produits culturels. Que ça ait au moins servi à ça.
 
Pensez-vous que cette « tempête » soit derrière vous ?
Je suis convaincue que l’on a fait le plus gros du chemin. C’était difficile parce que l’on avait pas de visibilité.