La commission Tessier dégaine son arme anti-Google Books

NUMERIQUE Elle propose la création d'une plateforme en ligne sur laquelle serait consultable l'ensemble du patrimoine écrit français...

Sandrine Cochard

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Après Google Books, Google va lancer Google Editions
Après Google Books, Google va lancer Google Editions — (montage/DR)

Officiellement et en termes diplomatiques, il ne s’agit que d’une «alternative» à Google Books. La commission Tessier a remis son rapport sur la numérisation du patrimoine écrit au ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand, mardi matin. Objectif: (re)lancer la France dans la course à la numérisation afin de rivaliser avec le géant américain.
 
Gallica comme base

 
Pour cela, la commission, présidée par Marc Tessier (ex-président de France Télévisions), défend la création d’une plateforme unique, sur laquelle serait consultable l’ensemble du patrimoine écrit français. Un travail titanesque qui s’appuierait sur ce qui existe déjà, notamment la bibliothèque numérique française Gallica, produit de la Bibliothèque nationale de France (BnF) qui peine toujours à trouver son public depuis son lancement, en 2000, et malgré un lifting en 2008.
 
«Nous ne partons pas de rien», ont martelé successivement Frédéric Mitterrand, la secrétaire d’Etat au Numérique Nathalie Kosciusko-Morizet et Marc Tessier lors de la présentation du rapport à la presse, mardi matin. La nouvelle plateforme – dont le nom n’est pas encore fixé - intègrerait de fait Gallica, qui revendique 370.000 documents écrits, dont 145.000 ouvrages, déjà numérisés. «Gallica a un problème d’ergonomie, le site n’est pas orienté web et ne permet pas d’être “moissonné” par les moteurs de recherches. Il faut donc refaire sa conception», a pointé Marc Tessier.
 
Partenariats public-privé
 
Concrètement, le projet ambitionne de faire travailler main dans la main éditeurs français, bibliothèques et partenaires privés. Il s’articulerait en deux temps, selon un calendrier non précisé. «Le premier partenariat concerne les éditeurs et les grandes bibliothèques françaises pour développer la plateforme, dont la gestion serait paritaire», a expliqué Marc Tessier. La plate-forme serait ainsi alimentée avec les livres numérisés par la BNF et les institutions publiques et ceux numérisés par les éditeurs. L’ancienne ministre de la Culture Christine Albanel – présente mardi matin – a d’ailleurs été chargée de réfléchir sur ce sujet pour aboutir à un partenariat entre éditeurs et bibliothèques.
 
Dans un deuxième temps, des partenaires privés seraient associés, notamment pour permettre à la plateforme de «générer des recettes» et «assurer sa pérennité», comme par exemple des liens commerciaux pour acheter les livres dont seuls des extraits seraient proposés «dans les limites fixées par les ayants-droits». Google pourrait même jouer un rôle dans le développement de cette plateforme. «Nous allons lui proposer un accord simple d’échange de fichiers numérisés qui peut se traduire par “un fichier contre un fichier”», a détaillé Marc Tessier, arguant que la France, du fait de son travail avancé de numérisation et des moyens débloqués pour poursuivre cet effort (750 millions d’euros issus du grand emprunt), était désormais sur un pied d’égalité avec la firme américaine.
 
Paix avec Google
 
Encore faut-il convaincre Google d’alimenter une plateforme concurrente à Google Books. «On sait qu’ils ont déjà numérisé entre 7 et 8 millions d’ouvrages et qu’ils tendent vers 10 millions pour la fin 2010, rappelle Marc Tessier. Dont 500.000 à 600.000 romans francophones, dont certains sont encore sous droit français.» Quel intérêt alors pour Google? «Il aura accès à tout le corpus francophone», souligne Marc Tessier. Et pourra donc étoffer son offre légalement. De quoi redorer son image alors que la firme a été récemment condamnée par la justice française pour avoir reproduit des extraits d’œuvres sans l’autorisation des éditeurs.
 
Est-ce l’annonce de nouveaux rapports, pacifiés, avec Google? L’avenir le dira. En attendant, la plateforme française aura de toute façon besoin du géant américain. Conscients que les internautes privilégient les grands moteurs de recherche, en tête desquels Google, les signataires du rapport Tessier espèrent «être présent et privilégié dans les requêtes sur les livres». Pour cela, la commission planche sur un accord qui sera présenté à Google lors d’une visite de Frédéric Mitterrand au siège californien de la firme en mars prochain.