Diable de Tasmanie et brandade vénitienne au menu de l'artiste

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« J'aime énormément la vie, je suis un très bon vivant. » Malgré la mort qui n'a de cesse de le tarauder dans son oeuvre, Christian Boltanski ne veut manquer ni d'humour ni de légèreté. Quitte à relativiser son travail et l'importance qu'on lui accorde. Prochainement, il entamera le film de la fin de sa vie, oeuvre ultime destinée à David Walsh, un joueur professionnel devenu milliardaire en Tasmanie, à qui l'artiste l'a vendue en viager. « Je serai filmé jour et nuit par trois caméras. Sauf dans ma chambre à coucher. Mais j'ai peu d'amis qui vont en Tasmanie : à part le diable et quelques kangourous, il n'y a personne là-bas. » Cette oeuvre intime et confidentielle, Boltanski l'a aussi imaginée comme un pied de nez dans « notre société [où] parler de la mort est impossible ».

Quant à sa récente nomination pour représenter la France à la Biennale d'art contemporain de Venise en 2011, l'idée le fait sourire et le laisse presque indifférent. « J'aurais pu être choisi il y a quatre ou huit ans... C'est pas la main de Dieu, c'est la main de je sais pas qui... », plaisante-t-il avant de se réjouir de son futur séjour sur un ton à peine plus sérieux : « J'adore la brandade vénitienne. C'est l'un des plats que je préfère au monde et on n'en trouve qu'à Venise. » L'heure du repas n'a pas encore sonné. La mort peut attendre. W

S. L. et M. Gi.