La Nouvelle Vague est en deuil

Stéphane Leblanc

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Eric Rohmer en 2007, l'année de son dernier film, Les Amours d'Astrée et Céladon.
Eric Rohmer en 2007, l'année de son dernier film, Les Amours d'Astrée et Céladon. — M. RIVIERE / AFP

« Sous l'apparente légèreté, il mettait dans ses films une rigueur qui le place parmi les plus grands metteurs en scène de l'histoire », s'est exclamé Thierry Frémaux, le directeur du festival de Cannes, en apprenant la mort d'Eric Rohmer, hier à 89 ans. Professeur de lettres, puis critique aux Cahiers du cinéma, de son vrai nom Maurice Schérer, il avait commencé à tourner dès 1959, au début de la Nouvelle Vague.

C'est Ma nuit chez Maud (1969) qui le révélera comme cinéaste à un public fasciné ou agacé par l'humour discret de ses intrigues sentimentales, ses dialogues littéraires et ses mises en scène épurées. Rohmer avait surtout un talent inouï pour découvrir les acteurs : Fabrice Luchini, dans Le Genou de Claire (1970) puis Perceval le Gallois (1978). Arielle Dombasle et Pascal Greggory dans Le Beau Mariage (1981), suivi de Pauline à la plage (1982)... Marie Rivière, dont le premier grand rôle fut celui de La Femme de l'aviateur (1981) confirme : « Nous l'aimions comme un proche, il a été notre créateur. » En vingt-cinq films et cinquante ans de carrière, Eric Rohmer n'a jamais cessé de tourner. Il regrettait que les jeunes comédiens « articulent moins bien qu'autrefois ». Visé, Melvil Poupaud dans Conte d'été (1996) : « J'ai dû mettre la radio pour l'habituer à parler au milieu du bruit. » Il nous avait confié récemment que Les Amours d'Astrée et Céladon (2007) serait son dernier film, car il se sentait affaibli : « J'ai encore de petits projets, mais je ne peux plus me déplacer d'un bout à l'autre du plateau, ni même rester debout. Et dire que je me moquais autrefois des réalisateurs assis sur une chaise avec leur nom derrière ! » W