Boltanski fait de l'art comme «Personnes»

INSTALLATION Evénement incontournable, «Monumenta 2010» sera inauguré ce soir à Paris...

Stéphane Leblanc et Manon Gimel photos : Sébastien Ortola

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L'artiste Christian Boltanski pose au Grand Palais (Paris) devant son travail pour le Monumenta 2010, le 7 janvier 2010.
L'artiste Christian Boltanski pose au Grand Palais (Paris) devant son travail pour le Monumenta 2010, le 7 janvier 2010. — GILLES BASSIGNAC/JDD/SIPA

Le froid d'abord, l'effroi ensuite. C'est précisément l'effet que veut provoquer le plasticien Christian Boltanski au Grand Palais, dans le cadre de Monumenta. Un événement programmé au printemps, mais que l'artiste a fait avancer en hiver, afin de mieux faire ressentir l'aspect glaçant et saisissant de Personnes, son immense installation entièrement composée de vêtements. Certains gisent au sol, répartis en 69 rectangles de 35 m2 éclairés par des néons suspendus. D'autres sont entassés en une immense pyramide de 20m de haut. Trente tonnes de fripes et de loques, dont quelques pièces sont régulièrement attrapées au sommet par la pince d'une grue, puis relâchées. Ce qui donne paradoxalement un peu de vie à une oeuvre mortifère.

Disparition, mort et mémoire
 

Le visiteur circule entre ces fragments que « la main de Dieu » manipule, tandis que d'assourdissants battements de coeur l'accompagnent sous l'immense verrière du Grand Palais. Avec cette oeuvre, Boltanski reformule ses questions de prédilection sur la disparition, la mort, la mémoire. « Il ne s'agit pas d'y répondre, dit-il, ce serait trop personnel. J'interroge juste la nature humaine. Et le hasard : pourquoi meurt-on à 20 ans, à 80 ans ? Plus on avance comme moi, plus on est sur un champ de mines, avec vos amis qui sautent autour de vous. » La mort, on la retrouve dans Après, une installation conçue comme un prolongement à Personnes et qui sera présentée au Mac/Val de Vitry-sur-Seine (94), dès jeudi soir et jusqu'au 28 mars. « Après, c'est un autre cercle de l'enfer, explique Boltanski. Au Grand Palais, c'est la mise à mort. Au Mac/Val, on est dans les limbes. » Un labyrinthe formé de vingt-quatre cubes bâchés de noir, où le visiteur est interpellé par des « anges » qui lui susurrent des questions comme « Dis-moi, es-tu mort à l'hôpital ? » ou « Dis-moi, as-tu eu peur ? » C'est effrayant, mais l'ambiance est plus sereine.

«C'est l'effroi qui domine»
 

«Chacun va interpréter tout ça en fonction de ses propres cadres culturels, observe Catherine Grenier, la commissaire de l'expo du Grand Palais. D'autant que Boltanski ne fait jamais référence à un événement précis.» L'artiste le reconnaît: «Personnes renvoie indifféremment à un campement humanitaire ou de sans-papiers, à la Shoah ou à Hiroshima. Pour moi, c'est l'effroi qui domine, mais on peut aussi voir les choses de manière joyeuse au contraire.» Olivier Kaeppelin, le délégué aux Arts plastiques du ministère de la Culture confirme: «J'ai amené ici ma fille de 8 ans. Elle m'a demandé à qui appartenaient tous ces vêtements et si des gens allaient venir les récupérer.» Et l'homme du ministère de préciser: «De loin, on a l'impression d'une tragédie, mais dans le détail, il y a des couleurs, des plis... Et derrière tout ça, une énergie.»