Nouvel affrontement à distance entre Marie Darrieussecq et Camille Laurens

S. C.
— 
SIPA

Marie Darrieussecq et Camille Laurens vont-elles déterrer la hache de guerre? Trois ans après la polémique qui a opposé les deux femmes – la seconde avait accusé la première de plagiat pour son livre Tom est mort (éd. P.O.L), Marie Darrieussecq revient sur cet épisode dans son nouveau livre Rapport de police, paru mardi dernier (aussi chez P.O.L).
 
Guerre
 
L'affaire remonte en août 2007. Presque dix ans après le succès surprise de Truismes, en 1996, Marie Darrieussecq publie Tom est mort. Un récit écrit à la première personne qui raconte la mort d'un enfant de quatre ans. Pour Camille Laurens, cette histoire rappelle un peu trop la sienne, décrite dans son livre Philippe, dans lequel elle racontait le décès de son propre fils en 1995. Elle accuse aussitôt Marie Darrieussecq de «plagiat psychique».
 
La guerre que se livre alors les deux auteurs pousse leur éditeur commun, Paul Otchakovsky-Laurens, le patron des éditions P.O.L, à ne plus publier Camille Laurens. Deux ans et demi plus tard, Marie Darrieussecq n'a pas décoléré et décortique cet épisode dans son nouveau livre. Un souvenir «douloureux et très salissant», selon elle. «Camille Laurens me reprochait moins de la plagier que d'avoir écrit ce qu'elle pense inimaginable. Mais en ajoutant le mot “plagiat”, c'est encore plus vendeur, estime-t-elle dans une interview au Nouvel Observateur, jeudi. Et très douloureux: dans ce livre, je parle de gens qui se suicident à cause de ce genre d'accusation. Heureusement, j'ai les nerfs solides. Mais on m'a attaquée dans ma chair.»
 
Après cet épisode, elle se souvient notamment s’être sentie «dans un grand état de rage» et «très atteinte dans (mon) honneur d'écrivain», confie-t-elle à L'Express.
 
Règlement de comptes
 
Avec ce nouveau livre, Marie Darrieussecq en profite pour régler ses comptes avec Marie NDiaye, prix Goncourt 2009 pour Trois femmes puissantes (éd. Gallimard), qui l’avait également accusée de plagiat, en 1998. «A la suite de bisbilles personnelles, qui passaient essentiellement par son mari, elle a été prise d'une jalousie féroce. Et quand on veut tuer un écrivain, on l'accuse de plagiat. Il n'y a pas pire», affirme encore Marie Darrieussecq, dans Le Nouvel Observateur. Selon elle, Marie NDiaye se serait «sentie menacée sur un territoire qu'elle considérait comme sa propriété privée» après que Marie Darrieussecq s’est essayée au réalisme fantastique avec Naissance des fantômes. Et de conclure: «J'ai découvert que la littérature est un pays très peu accueillant.»
 
On le voit bien, le sujet est encore sensible. Mais l’écrivain n’est pas la seule à ressasser sa rancune. Camille Laurens revient également sur l'affaire, qui avait divisé le monde littéraire en 2007, dans Romance nerveuse, chez son nouvel éditeur, Gallimard. L’histoire d’une femme écrivain, débarquée par sa maison d'édition, qui a une brève liaison avec un paparazzi pendant des vacances à Djerba. La page est loin d’être tournée.