Un bonheur dont la mélodie n'a pas d'âge

Oihana Gabriel Photos : Muriel Dovic

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Il aura fallu attendre cinquante ans avant que la comédie musicale

The Sound of Music (1959), du tandem Rodgers et Hammerstein, vienne résonner à Paris. Pour cette première, le Châtelet a invité le metteur en scène d'opéra espagnol Emilio Sagi à créer sa version. Les fans qui craindraient les infidélités au célèbre film de Robert Wise avec Julie Andrews, baptisé en français La Mélodie du Bonheur (1965), peuvent se rassurer. Ceux qui redoutent une pâle copie aussi. Car cette Mélodie a conservé les airs bien connus, la langue anglaise et la touche kitsch, tout en ménageant de beaux moments d'émotion et de tension.

Maria, une future nonne autrichienne, est envoyée comme gouvernante dans la famille von Trapp pour s'occuper de sept enfants sans mère et avec un père-capitaine sombre et autoritaire. Elle va apporter un peu de mélodie et de bonne humeur dans cette demeure. Et finira par épouser le capitaine. C'est dans un décor un peu kitsch - murs bleutés qui rappellent les sommets montagneux enneigés et sol en pelouse - qu'évolue la famille recomposée. Mais l'histoire serait trop fleur bleue si elle ne se déroulait pas dans l'Autriche de l'Anschluss. Le capitaine refuse de pactiser avec les nazis et décide donc de fuir vers la Suisse avec toute sa marmaille.

« J'ai été attiré par le sentimentalisme de la pièce. Par son message aussi : il ne faut pas prendre les décisions politiques à la légère. Et malheureusement, ce message est encore actuel : des dictateurs sévissent toujours », explique Emilio Sagi. Orchestre symphonique et chanteurs lyriques s'invitent dans cette comédie musicale digne de Broadway. La soprano Sylvia Schwartz campe avec fraîcheur cette Maria joyeuse et charmante. « C'est pour moi un immense privilège que d'être associée à Julie Andrews dans la tête des gens. Pour cette comédie musicale, je n'ai rien changé à ma manière de chanter, mais c'est la première fois que je suis comédienne de théâtre. Je suis habituée à trouver un personnage à travers la musique, tandis que là, le déclenchement des sentiments se produit lors des dialogues. » Le spectacle offre un retour en enfance jouissif pour les fanatiques du film et un mariage heureux entre comédie musicale et opéra. Autre bonne surprise, le professionnalisme des sept jeunes chanteurs, qui ont de 9 à 16 ans. « C'était un peu étrange pour moi, car il n'y a pas d'enfants dans ma vie, confie Sylvia Schwartz. Mais j'ai travaillé avec eux comme avec n'importe quel collègue. D'ailleurs, mes numéros préférés sont ceux avec les enfants. Quand je sors de scène, je n'arrête pas de sourire... » Un bonheur contagieux. W