Sexe, mensonges et sauvagerie dans le Wisconsin

Karine Papillaud

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L'auteur Robert Goolrick, 50 ans.
L'auteur Robert Goolrick, 50 ans. — A. KENNEDY

Le titre est trompeur : Une femme simple et honnête,

de Robert Goolrick (éd. Anne Carrière), raconte en fait l'épouvantable machination ourdie par une femme, au tournant du XXe siècle, dans un petit village du Wisconsin.

Tout commence par une petite annonce, postée par un riche manufacturier qui souhaite refaire sa vie après vingt ans de veuvage. Une femme de la ville lui répond, l'affaire semble faite, le mariage sur les rails. Mais personne n'est vraiment qui il prétend être dans cette histoire. L'homme, hanté par la chair et des plaisirs qu'il ne s'octroie plus, porte un passé lourd et mystérieux. La femme, elle, dissimule sous ses robes strictes une vie de débauche dans les lupanars de Saint-Louis. Et dans ces campagnes du Wisconsin, le climat, l'époque et la dureté ambiante conduisent les habitants à commettre des actes violents, sur fond d'un quotidien si tranquille d'apparence. « C'était l'histoire de gens qui ne faisaient le choix de la vie contre la mort que lorsqu'il était trop tard pour faire la différence entre les deux, d'êtres dont la bonté était oubliée », écrit Robert Goolrick, écrivain sur le tard, qui signe là son premier roman.

A 50 ans, cet Américain « simple et honnête » a abandonné son métier de publiciste pour l'écriture. Il signe un roman victorien à rebours, mélange sans illusions de Thackeray et Jane Austen, qui rappelle beaucoup Pétrole !, d'Upton Sinclair, écrit en 1927, et plus encore sa version cinématographique, There Will Be Blood, signée Paul Thomas Anderson. Goolrick ne fait pas dans les bons sentiments. Avec une puissance et une créativité étonnante, il dénude l'âme humaine en laissant ses taches et ses vilaines blessures apparentes. Et montre que les damnés, eux aussi, se rachètent, à travers ce qu'ils n'osent appeler l'amour et qui n'est peut-être qu'un pansement au désespoir. W