Danse macabre autour d'une tête de chou

à Grenoble, Benjamin Chapon

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L'Hommeà la tête de chou ou la psyché angoissante d'un homme fou de sa Marilou.
L'Hommeà la tête de chou ou la psyché angoissante d'un homme fou de sa Marilou. —

Gainsbourg-Bashung-Gallotta. Deux morts, un vivant : trois artistes pour une oeuvre, L'homme à tête de chou. Le spectacle qu'accueille ce soir et jusqu'à dimanche* la MC2 de Grenoble est, tout à la fois, la nouvelle création de Jean-Claude Gallotta, l'une des dernières bandes enregistrées par Alain Bashung et un album maudit de Serge Gainsbourg. « Oui, c'est vrai, c'est gros, c'est même énorme », reconnaît le chorégraphe sans se départir d'un sourire complice.

Parmi la troupe de quatorze danseurs régnait une même décontraction étonnante à la veille de la grande première d'un projet né il y a trois ans. « En 2007, quand Alain Bashung m'a dit qu'il ne pourrait pas assurer le spectacle, j'ai voulu abandonner, confie Jean-Claude Gallotta. Mais il avait enregistré une bande-son et m'a demandé d'aller au bout. J'ai l'impression de travailler pour lui, et d'une certaine façon, cette mission me protège de la pression. » A l'origine, Alain Bashung devait être sur scène, avec son groupe, et jouer sa version des chansons. « Je l'avais intégré au spectacle, raconte le chorégraphe. Il était présent sur certains tableaux, assis sur une chaise de bureau à roulettes. » Bashung n'est plus, mais la chaise est restée, renversée sur une scène vide de décor. « Alain et moi partagions un goût pour les comédies musicales américaines. Mais on était d'accord pour remplacer les paillettes par une esthétique plus funeste, crépusculaire et urbaine. »

Objectif atteint. Le spectacle est une plongée angoissante dans la psyché d'un homme qui, par amour fou, tue sa Marilou adorée... Servi par une esthétique très années 1980, sensuelle et obscène. « Gainsbourg ne m'écrase pas parce que les arrangements et l'interprétation de Bashung font écran, explique Gallotta. Nos univers vont se retrouver dans la jeunesse des danseurs. Finalement, ces deux sombres produisent de la vie. » W

* Du 27 novembre au 19 décembre 2009 au théâtre du Rond-Point à Paris, puis en tournée jusqu'en juin 2010.