Quand un tournage vire au cauchemar

CINEMA «L'Enfer d’Henri-Georges Clouzot» et «L'Imaginarium du Dr Parnassus», deux films qui ont bien failli ne pas voir le jour. Retour sur des tournages calamiteux...

S. C.

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Tous les professionnels du cinéma vous le diront: chaque tournage a son lot d’imprévus. Des aléas dus à la météo, à des retards ou encore à quelques caprices de star. Certains prennent pourtant de telles proportions qu’ils peuvent mettre en péril le film. Alors que sortent mercredi «L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot» et «L’Imaginarium du Dr Parnassus», deux films qui ont failli ne pas voir le jour, retour sur les tournages calamiteux du 7e art.
 
Apocalypse Now
Drogue, typhon et crise cardiaque
Prévu pour durer six semaines, le tournage se prolonge finalement 16 mois et enchaîne les galères. Outre la prise de drogue de l’équipe, un typhon ravage le plateau et Marlon Brandon se fait désirer. L’acteur revoit finalement son cachet à la baisse et arrive, obèse, sur le tournage. Il sera soumis à un régime très strict. Mais le tournage manque de coûter la vie à autre acteur, Martin Sheen, qui subit une attaque cardiaque. Le budget, initialement prévu à 17 millions de dollars (11,3 millions d’euros), double. A sec, Francis Ford Coppola est même contraint d’investir sur ses fonds propres pour continuer les prises de vue. Résultat: le réalisateur perd une cinquantaine de kilos… mais rafle une Palme d’or à Cannes, en 1979.
 
Don Quichotte
Le personnage maudit
Deux réalisateurs se sont cassés les dents sur Don Quichotte, Orson Welles et Terry Gilliams. Le premier a tourné une version morcelée de l’œuvre de Miguel de Cervantes, sans scénario et au gré de son inspiration, entre 1955 et 1964. Insatisfait du résultat, il décide de tourner de nouvelles scènes dans les années 1970… avant d’abandonner de nouveau son projet. Orson Welles meurt finalement en 1985 sans avoir achevé le film, qui sera finalisé par le cinéaste espagnol Jess Franco avant de sortir en salle en 1992.
 
De son côté, le tournage de Terry Gilliams connaît de nombreux déboires. Installée dans une zone désertique proche de Madrid, l’équipe se fait surprendre par les entraînements en basse altitude des pilotes d’avion de l’armée espagnole. Impossible d’enregistrer le moindre son. Le deuxième jour de tournage, une inondation provoquée par un violent orage emporte une partie du matériel. Le sort s’acharne ensuite sur Jean Rochefort, qui doit interpréter Don Quichotte. L’acteur est rapatrié d’urgence en France à cause d’une double hernie discale l’empêchant de monter à cheval. Son absence s’éternisant, le tournage est arrêté. Une bataille juridique s’en suit entre investisseurs et assureurs. Elle durera six ans. Lucide, Terry Gilliams sortira «Lost In La Mancha», un making-of de ce désastre.
 

 
L’Imaginarium du Dr Parnassus

Terry Gilliams le poissard, deuxième
Le réalisateur subit un nouveau coup du sort lors du tournage de ce film lorsque son acteur principal Heath Ledger est découvert sans vie, en janvier 2008. Le tournage a déjà commencé, impossible pour Gilliams de faire machine arrière. Le réalisateur s’en sort avec un tour de passe-passe incroyable: il convoque trois nouveaux acteurs - Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell – pour remplacer Heath Ledger au pied levé. Pour rendre la pirouette crédible, le réalisateur devra complètement revoir son montage et remettre le film à plat. Achevé et applaudi à Cannes, le film, qui peine toujours à trouver un distributeur aux Etats-Unis, sort finalement en France mercredi.
 

 
L’Enfer

Infarctus et démesure
En 1964, le cinéaste Henri-Georges Clouzot tourne L'Enfer, drame de la jalousie interprété par Romy Schneider et Serge Reggiani. Techniciens et acteurs poussés à bout, gâchis financier, équipes inactives, tensions avec les acteurs... Henri-Georges Clouzot est indécis et prisonnier de son perfectionnisme. Le film ne verra jamais le jour puisque son acteur principal, Serge Reggiani, quitte les plateaux après une brouille avec Clouzot. Jean-Louis Trintignant est appelé à la rescousse mais le film reste inachevé: le réalisateur meurt d’une crise cardiaque, après trois semaines de prises de vue. Quarante-cinq ans plus tard, le producteur Serge Bromberg dépoussière les bandes du film et livre un documentaire sur les coulisses de ce tournage cauchemardesque avec «L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot».
 
Les Désaxés
Star au bord de la crise de nerf
Le tournage débute en juillet 1960, sous la houlette de John Huston, avec Marilyn Monroe. Fragilisée car éloignée de son psychiatre, le Dr Greeson, la star consomme somnifères et alcool. Elle est même hospitalisée pendant dix jours. Sur le plateau, ses relations sont tendues avec Clark Gable, son partenaire, qui ne supporte pas ses retards et ses multiples prises de vues. L’acteur meurt quelques jours après le tournage, le 16 novembre 1960, et le film est un échec commercial.
 

 
Quelque chose doit craquer
La fin de Marilyn Monroe
Le dernier film de la star sera aussi le plus chaotique. La veille du tournage, qui doit débuter le 23 avril 1962, l’actrice, malade, s’absente. Le réalisateur George Cukor décide de commencer les prises de vues sans elle. Après un passage éclair qui se solde par un malaise et son évacuation du plateau, le 30 avril 1962, elle rejoint finalement l’équipe début mai. N’écoutant pas la Fox qui lui interdit de quitter le tournage, elle assiste à l’anniversaire de John F. Kennedy avant de revenir quelques jours plus tard. Des tensions entre le réalisateur et la star, incapable d’apprendre son texte, s’installent. Marilyn disparaît finalement du plateau le jour de ses 36 ans avant d’être virée par la Fox qui lui réclame 500.000 dollars (334.000 euros) pour rupture de contrat. Après une surenchère de plaintes, le studio, qui n’a pas trouvé de remplaçante à la star, annonce finalement son retour prochain. La mort de Marilyn Monroe, le 5 août 1962, stoppe net le tournage du film, resté inachevé.
 
Waterworld
Tournage et budget prennent l’eau
En 1995, Kevin Costner prend une claque magistrale avec ce film, pourtant doté d’un budget colossal de 175 millions de dollars (117 millions d’euros). Le tournage commence sans que le scénario soit achevé. L’acteur, qui interprète le rôle principal, passe des journées à réécrire ses répliques dans une villa de bord de mer louée à prix d'or. Mais les principales difficultés pour ce film, qui relate l’histoire de survivants sur une Terre dévastée et inondée, reste le tournage sur et sous l’eau. Certains décors coulent, le réalisateur Kevin Reynolds a le mal de mer, quelques alertes aux ouragans perturbent les prises de vues et la guerre est déclarée entre le réalisateur et son acteur… Finalement, le film est un flop retentissant.