Rostropovitch guide encore leurs archets

MUSIQUE Les candidats du célèbre concours de violoncelle ont passé une rude semaine d’épreuves...

Benjamin Chapon

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Le Japonais Dai Miyata (à droite), 23 ans, a remporté le grand prix samedi soir.
Le Japonais Dai Miyata (à droite), 23 ans, a remporté le grand prix samedi soir. — DR

Ils font tomber le mur qui sépare souvent musicalité et virtuosité. Les violoncellistes candidats au prestigieux concours Rostropovitch ont, pour la plupart, à peine 20 ans. Mais déjà, leur technique, époustouflante, n'est plus un cache-misère émotionnel.

Samedi soir, le palmarès fut digne du créateur de l'événement. En particulier le lauréat du grand prix, Dai Miyata, un Japonais de 23 ans. La 9e édition de ce concours est la première à se dérouler sans le grand «Rostro», décédé en 2007. «Il nous manque, explique Alain Meunier, président du jury. Mais il règne dans le jury et, je l'espère, parmi les candidats une atmosphère amicale qui rend hommage au désir de vie et de partage qui animait Mstislav Rostropovitch. »

Stress et rillettes
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Il existe en effet entre les candidats une complicité, étonnante au regard de l'enjeu. Au-delà de la dotation, anecdotique par rapport à d'autres concours internationaux, le grand prix est un laissez-passer pour une carrière mondiale. A sa sortie de scène, un candidat blême se fait réconforter par ses concurrents: «Il a manqué un pizz», nous souffle l'un d'eux. «Même à ce niveau, il y a des fautes; ce serait triste sinon, modère Alain Meunier. L'important est que le candidat soit allé là où il voulait aller, qu'il soit en paix avec lui-même.»

Mais sur le trottoir du conservatoire à rayonnement régional de Paris, où avaient lieu les premières épreuves, les candidats attendant le verdict n'avaient pas l'air particulièrement «en paix avec eux-mêmes». L'un d'eux mâchonne ses ongles, entre deux bouchées d'un sandwich aux rillettes: «Ça fait deux jours que je ne mange plus et que je ne dors plus.» Une autre rigole nerveusement: «Il n'y a que quand je joue que je me sens bien. Le reste du temps, je pleure ou je ris.» Hier soir, au concert des lauréats (retransmis le 11 décembre sur France Musique), plusieurs candidats étaient présents. L'un d'eux confie: «Je sais que ça peut sembler idiot, mais j'ai senti que durant les épreuves, Rostropovitch a guidé nos archets, et qu'il le fera encore.»