« Blast » réveille les affres de la solitude

Olivier Mimran

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Plutôt que de se satisfaire d'un succès désormais bien assis, Manu Larcenet se lance dans l'expérimentation totale avec « Blast » (Dargaud), un thriller psychologique aussi fascinant que dérangeant. Tout en lavis de noir - excepté deux passages courts mais essentiels -, ce pavé de 208 pages débute dans un commissariat quelconque. Un type obèse, suspecté d'avoir agressé une femme, y est cuisiné par deux flics.

D'abord mutique, le gardé à vue raconte qu'à la suite d'un blast (d'ordinaire, l'effet de souffle consécutif à une explosion ; ici, une sorte de révélation métaphysique), il a subitement abandonné famille et boulot pour aller vivre dans les bois... Et c'est à peu près tout ce qu'on apprend dans Grasse carcasse, premier tome d'une série prévue en cinq volumes. Car l'auteur expérimente ici une narration lente, quasi cinématographique. Ses nombreux silences traduisent l'extrême solitude d'un héros dont on devine qu'il a subi des violences, physiques ou psychiques, avant d'en infliger à son tour. Après avoir cartonné avec des séries aussi populaires que « Le retour à la terre » ou « Le combat ordinaire », Larcenet signe cette fois un album sombre et poétique, cruel et émouvant. W