Jérôme Deschamps: «L'Opéra Comique était un peu la Belle au Bois Dormant»

INTERVIEW Le directeur de l'Opéra Comique, juste avant l'ouverte de la nouvelle saison...

Propos recueillis par Aurélien Romano

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Facade de l'opera comique
Facade de l'opera comique — PATRICK KOVARIK / AFP

Top départ pour une nouvelle saison à l’Opéra Comique, une institution qui existe depuis 1714 et qui porte le nom d’un genre musical mixant le théâtre parlé avec des morceaux chantés. En attendant le concert d’ouverture consacré à Hector Berlioz, le 5 novembre, le directeur de l’établissement, Jérôme Deschamps, veut y faire revivre des créations originales et historiques tout en voulant être le plus accessible possible. Un équilibre difficile à trouver.

Vous étrennez votre troisième année à la tête de l’Opéra Comique. Quel est votre pari depuis votre nomination, en 2007?

Le pari était de faire revivre l’opéra français qui a fait la célébrité du lieu à ses débuts. Nous voulions faire revivre cet art baroque qui peut être donné ici avec l’intimité si caractéristique de cette maison. C’est sur cette scène que peuvent se rencontrer l’opéra chanté et l’opéra parlé. Nous voulions d’abord faire venir des grands chefs qui aiment ce répertoire. Et puisque le public devait se réapproprier tout cela, nous avons voulu des représentations accessibles en terme de prix et de programmation. Le prix d’une place commence à 6 euros et peut descendre à 3 euros pour les moins de 28 ans.

Comment comptez-vous mettre votre patte après Jérôme Savary, votre prédécesseur (directeur entre 2000 et 2007 de l’Opéra Comique)? Quelles différences entre lui et vous?

Il n’avait pas les mêmes moyens que moi. On lui a demandé de faire vivre l’endroit avec sa troupe et ses moyens à lui. Car cette maison était un peu la Belle au Bois Dormant, au bord de l’oubli. Le lieu a un passé très important: c’est ici que Carmen ou Pélléas et Mélisande ont été créés. L’endroit a failli devenir un parking à une époque. Ce qui aurait été très dommage, étant donnée l’acoustique assez rare de ce lieu.

Quel genre de public voyez-vous arriver?

D’une part, l’Opéra attire un public de passionnés. Des gens qui sont attirés par une chanteuse ou un chef d’orchestre en particulier. D’autre part, une partie du public est internationale, car la maison a repris une place mondiale grâce à de nombreux partenariats et co-productions menés avec d’autres pays.

Quels sont vos objectifs (fréquentation, nombre de pièces programmées, coproductions)?

Nous avons sept nouvelles productions en plus du concert d’ouverture. Notre objectif de fréquentation est d’atteindre au moins 80% de places payantes et les deux dernières années nous avons atteint cet objectif. Tous les indicateurs de fréquentation sont en hausse par rapport aux années précédentes. En réalité il y a des forces qui se croisent. La salle Favart (l’autre nom de l’Opéra Comique, ndlr) retrouve son identité au fil du temps et les chiffres sont en hausse pour le moment.

Comment une ville comme Paris peut-elle avoir trois opéras? Est ce viable à long terme?

L’Opéra Comique n‚a pas la même identité que les deux autres opéras (Garnier et Bastille, ndlr). Et surtout, son acoustique et ses dimensions se prêtent mieux à certaines productions, notamment celles de l’opéra français qui ont été créées ici. L’Etat est revenu dans le jeu avec une dotation de 10 millions d’euros, nécessaire et largement supérieure aux 6 millions d’avant. Si chaque lieu cultive et entretien sa propre identité, la présence de chacun est viable à long terme à Paris.