Les traces d'une vie éclair

Olivier Mimran

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La Promesse compile neuf récits poétiques hantés par la maladie et la mort.
La Promesse compile neuf récits poétiques hantés par la maladie et la mort. — EDITIONS CORNELIUS

S'il avait connu un destin moins tragique, Shohei Kusunoki serait-il devenu cet auteur culte du gekiga, manga pour adultes ancré dans un quotidien terne ? Ses qualités s'avèrent indéniables à la lecture de La Promesse (éd. Cornélius), recueil de neuf récits admirables, publiés au Japon dans les années 60 et 70 mais inédits en France. Leur auteur n'a hélas pas eu le temps de confirmer son grand talent : né en 1944 avec une malformation cardiaque, il est décédé à seulement 30 ans.

En éloignant Shohei Kusunoki de l'école, la maladie l'a poussé vers le dessin et est devenue l'un de ses thèmes récurrents. Deux des histoires de La Promesse s'articulent autour de jeunes héros atteints de la même pathologie. Si celles-ci se révèlent les plus poignantes, les autres témoignent d'une maturité narrative étonnante. Et d'une modernité peu commune si l'on considère le marasme dans lequel se débattait le Japon d'après-guerre. Ainsi, une des nouvelles dénonce le machisme ordinaire, tandis qu'une autre prône l'émancipation des femmes... Empreinte d'une incomparable poésie sur laquelle plane souvent l'ombre de la mort, La Promesse révèle un auteur flamboyant. W