Nathalie Kosciusko-Morizet: «C'est volontairement provocateur, voire racoleur, je l'assume»

INTERVIEW Après un «petit mois» de congé maternité, la secrétaire d'Etat à l'Economie numérique est sur le pont. En réalité, elle ne s'est jamais vraiment arrêtée...

Propos recueillis par Alice Antheaume

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Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat à l'économie numérique, le  16 octobre 2009
Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat à l'économie numérique, le  16 octobre 2009 — SIPA/Facelly

Elle a écrit, cet été, un ouvrage de prospective surprenant intitulé Tu viens? (éd. Gallimard), où l'écologie et le numérique sont présentés comme les deux mamelles de la transformation de la société, et dans lequel NKM révèle qu'elle ne voit pas de modèles politiques féminins satisfaisants. Un livre très bien écrit, émaillé de références à Antigone et Saint Augustin, qui pose beaucoup de questions, sans y répondre. Du moins pas encore. Soumettant quelques-unes de ces questions aux internautes, sur un site dédié, elle pourrait faire un deuxième volet avec les réponses apportées par la communauté. Taille de guêpe retrouvée, elle reçoit 20minutes.fr dans son bureau de la rue Saint Dominique.

Pourquoi ce titre, «Tu viens?»?
J’ai envie d’une interpellation. Ce n’est pas un livre qui présente une thèse mais un livre qui invite à une réflexion. C’est donc logique d’avoir un titre en forme de question, mais ça surprend. Finalement, Antoine Gallimard lui-même (son éditeur, ndlr) a dit qu’il l’aimait bien.

Avez-vous pensé à la connotation sexuelle du titre?
Oui, bien sûr. C’est volontairement provocateur, voire racoleur, je l’assume.

Ce livre pose des questions, mais n'y répond pas. Or le politique, vous l'écrivez, est supposé répondre...
Le premier sujet pour un politique, c’est d’accepter les questions et de les reformuler. Parce qu’il y a beaucoup de transformations qui bousculent les mots. Or il faut mettre des mots sur les choses, caractériser le malaise, la mutation, ce qu’il y a de nouveau, ce qui fait mal. C’est le premier job du politique.

Vous écrivez que vous n’êtes pas «sûre que l’on arrangera quoique ce soit à la situation des femmes en ayant plus de femmes en politique». Pourquoi?
Je me bats pour que les femmes commencent au même âge que les hommes en politique, car elles ont tendance à faire leur famille avant de construire un carrière. Or en France, on met du temps à s'installer dans le paysage politique, donc c'est un système où les hommes tiennent toujours le haut du pavé. Mais la place des femmes n'est pas qu'un problème politique, c'est un problème sociétal. Il faut que les femmes se mobilisent, car elles sont moins combatives sur ces sujets que leurs aînées. Je le prends pour moi, car c'est un défaut qu'a eu ma génération. On commence à travailler, et on se rend compte à 35 ans qu'on n'est pas dans la même position, salariale, professionnelle, qu'un homme. Mais on n'y avait pas pensé avant! Sauf qu'une fois qu'est installée la discrimination, c'est déjà trop tard.

Que pensez-vous des dernières déclarations de Rama Yade? Est-ce qu'elle dérange?
Je comprends très bien qu'elle, comme Chantal Jouanno, veuille être élue. Il faut le faire dans un endroit qui a du sens pour soi, et qui a du sens pour le collectif. Notamment pour les régionales, une élection très collective. Rama Yade a parfois tendance à dire des choses très abruptes et à revenir dessus après. Il est possible que sa parole ait un peu dépassé sa pensée.

Vous plaidez pour un droit international de l'Internet...
C'est indispensable. Il faut se mettre d'accord, à l'échelle mondiale, sur un certain nombre de principes.

Un exemple?

Les données personnelles. Suivant votre âge, votre culture, vous ne considérez pas comme personnel la même chose. Les Américains vous posent des questions sur vos préférences sexuelles, que les Français trouvent déplacées. Les Coréens ont d'abord pensé que la protection des données personnelles étaient une coquetterie pour Européens, avant qu'une de leurs actrices ne se suicide, victime d'une campagne de diffamation sur le Net. Pour avancer sur la question, il vaut mieux parler de droit à l'oubli que de protection des données personnelles. Car dans tous les systèmes judiciaires du monde, il y a prescription. Le droit à l'oubli est fondateur des sociétés.

Quelle instance pour s'occuper de réguler l'Internet au niveau international?
L'ONU, L'Union internationale des télécoms, ailleurs. Ce n'est pas trop le problème. Le problème, c'est que tout le monde doit être convaincu qu'il nous faut un accord mondial.

Vous avez lancé une école pour apprendre aux élus à se servir d'Internet («élus 2.0»). Quels sont les premiers retours?

On a eu une centaine d'inscriptions et on fait des sessions avec une vingtaine de parlementaires, pas leurs assistants. Les élus sont assez désireux de s'investir sur Internet mais réticents sur deux points: le temps que ça prend, ce à quoi je leur réponds qu'il n'y a que des débutants sur Internet et qu'on apprend en faisant. Et la diffamation. Comment réagir aux attaques? Là-dessus, je leur conseille de ne pas répondre aux attaques bêtes. Pour le reste, il faut être offensif et prendre l'espace. A ceux qui se sont faits voler leur nom sur Twitter, je leur réponds qu'il fallait le prendre avant.