Le rap prié d'épargner la police

MUSIQUE La sortie de Frédéric Mitterrand, qui s'est insurgé contre Morsay lundi, confirme que les propos des rappeurs sont surveillés...

S. C.

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Joey Starr et Kool Shen, de NTM pendant les Solidays, le 5 juillet 2008.
Joey Starr et Kool Shen, de NTM pendant les Solidays, le 5 juillet 2008. — REUTERS/Benoit Tessier

Touche pas à ma police. La nouvelle polémique qui a éclaté ce week-end au sujet du rappeur Morsay, épinglé par la police municipale puis par le ministre de la Culture et de la Communication Frédéric Mitterrand, confirme ce que l’on savait déjà: si les rappeurs ont l’habitude de ne rien s’interdire dans leur chanson, ils sont néanmoins priés de ne pas tirer sur la police.
 
«Nique la police»
 
Le désamour entre rappeur et forces de l’ordre ne date pas d’hier. «Dans les années 1990, NTM avec le titre "Police", Assassins avec "L’Etat Assassine", et le Ministère A.M.E.R avec "Sacrifice de Poulet" s’en prenaient déjà à la police», énumère Fred Musa, animateur et producteur sur Skyrock.
 
«Police» de NTM, mixé par DJ Cut Killer sur la bande originale du film La Haine:
 

 
En 1995, Ministère A.M.E.R est condamné à une amende de 250.000 francs (38.000 euros) pour son titre «Sacrifice de Poulet»:
 

 
Et la liste des titres de rap ayant pour thème la police est longue. L’étendard «Nique la police» est même «un standard du hip-hop» affirme l’Humanité.
 
Plaintes de Nicolas Sarkozy
 
Mais pourquoi s’en prendre aux forces de l’ordre? «Les rappeurs racontent leur quotidien dans les quartiers, ce qui inclut leurs relations difficiles avec les forces de l’ordre, reprend Fred Musa. Après, la démarche varie d’un rappeur à l’autre. Certains s’en prennent ainsi à la police pour exprimer le ras-le-bol des contrôles d’identité auxquels ils sont confrontés, pour faire passer un message. D’autres au contraire se bornent à écrire des titres qui ne sont qu’un amas d’insultes sans fond. Je pense que le public sait faire la différence.»
 
Pas sûr. Avant Frédéric Mitterrand lundi, d’autres personnalités politiques sont montées au créneau sur ce sujet. Ainsi en 2002, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, porte plainte contre le groupe La Rumeur pour «diffamation envers la police nationale» après des propos tenus dans un fanzine. Les rappeurs sont relaxés.
 
Un an plus tard, en octobre 2003, Nicolas Sarkozy s’attaque à un autre groupe. Alerté par une lettre du syndicat général de la police (SGP-FO) qui lui demande de poursuivre le groupe Sniper, accusé de s'attaquer «à la République et ses représentants», notamment dans le titre «La France» sorti en 1999 (voir la vidéo ci-dessous), Nicolas Sarkozy porte plainte contre le groupe, jugeant certains de leurs titre «antisémites, racistes et injurieux».
 

 
Les rappeurs seront finalement relaxés en 2005. Après la polémique, le groupe sortira une chanson en forme de suite:
 

 
Rap misogyne?
 
La police n’est pas le seul sujet sensible du rap. Au début de l’année, le rappeur Orelsan a été attaqué de toute part à cause de son titre «Sale pute», chanson qu’il n’interprétait pourtant plus en concert et qui n’apparaissait pas sur son album. Jugeant que ses paroles constituaient «une véritable incitation à la haine voire au meurtre en direction des femmes», la secrétaire d'Etat à la Solidarité, aujourd’hui secrétaire d’Etat au ministère de l’Ecologie, Valérie Létard a demandé à la justice de se pencher sur «l'affaire». Le rappeur est même déprogrammé des Francofolies de La Rochelle, en juillet dernier.
 
«Les réactions des politiques prouvent la surenchère qui existe autour du rap. Certains rappeurs n’hésitent pas à jouer à fond la carte de la provocation pour orchestrer le buzz et se faire connaître notamment grâce à Internet où leurs chansons sont facilement accessibles, souligne Fred Musa. En s’emparant d’une polémique, les politiques font de même. Qui connaissait Valérie Létard avant sa sortie sur Orlesan?». De même en 2005, le député UMP François Grosdidier porte plainte contre sept artistes de rap d'un coup. «La plainte est jugée irrecevable mais le député s'est tout de même fait mousser», souligne le site Fluctuat. Le rap serait-il finalement le meilleur allié de politiques en mal de lumière?