« Des hommes », les fantômes de guerre de Mauvignier

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L'écrivain Laurent Mauvignier.
L'écrivain Laurent Mauvignier. — HELENE BAMBERGER

S'il ne décroche pas un prix en novembre, ce sera à désespérer de la vie

littéraire française.

Des hommes (Ed. de Minuit), de Laurent Mauvignier, est un des textes les plus bouleversants sur la guerre d'Algérie, rédigé non par un historien mais par un écrivain.

Et toute la différence est là : il n'y a pas de faits, pas de chiffres, pas de photos, juste la métamorphose de l'histoire en réalité, à travers la fiction. Le roman raconte, quarante ans après les événements, la vie d'une poignée d'hommes issus du même patelin. Il suffit, un soir, d'un peu trop d'alcool et d'une scène terrible entre l'un d'eux, devenu SDF, et sa soeur, pour que les souvenirs remontent à la surface. Le flash-back occupe toute la deuxième partie du livre.

Le secret du livre tient tout entier dans l'écriture de Mauvignier, brute, sourde, vivante et nerveuse. La confession de celui qui témoigne s'enrichit de la voix des autres, les copains, unis dans le même traumatisme : « L'Algérie, on n'en a jamais parlé. Sauf que tous on savait à quoi on pensait lorsqu'on disait nous aussi on est comme les autres, et les animaux valent mieux que nous parce qu'ils se foutent pas mal du bon côté. » Ils sont revenus, n'ont rien dit parce qu'on ne leur a rien demandé... Mauvignier a non seulement écrit un grand roman, mais lancé une vraie réflexion sur ce que la France a mis longtemps à appeler une guerre. W

Karine Papillaud