Dans un drôle de jeu de rôle

Olivier Mimran

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« Dungeon Quest », une excellente introduction à l'univers halluciné de Joe Daly.
« Dungeon Quest », une excellente introduction à l'univers halluciné de Joe Daly. — Joe Daly

Pas besoin d'être fan de jeu de rôle pour bien se marrer

à la lecture

de Dungeon Quest (éd. L'Association), le premier tome d'une trilogie totalement déjantée signée Joe Daly. Le récit tourne autour d'un jeune garçon qui décide, par désoeuvrement, de partir à l'aventure. Après s'être autobaptisé « Millenium Boy », il recrute son pote Steve, un gros balaise nommé Lash Penis et une vraie cador du tir à l'arc, NerdGirl. Au hasard de ses déambulations, le quatuor affronte toutes sortes d'épreuves au terme desquelles chacun se voit attribuer un statut, des points de force et de santé, des objets magiques, etc. Les personnages évoluent donc commes ceux d'un vrai jeu.

Même si Daly s'inspire clairement de la culture des RPG (Role Playing Game), il en déborde vite le cadre strict en érigeant le « n'importe quoi » en système : les personnages, bons ou méchants, se révèlent tous de sacrés tarés et la virée « pour rire » tourne vite à la quête ésotérique option boucherie, chaque combat résultant irrémédiablement sur une hécatombe sanguinolente. Tout en noir et blanc, les 136 pages de cet album semblent, comme souvent chez leur auteur, issues d'un mauvais trip sous acide. C'est d'ailleurs un peu la marque de fabrique de Joe Daly, membre notoire de la revue sud-africaine BitterKomix et dont l'oeuvre est résolument expérimentale et underground ; il est même considéré comme l'héritier africain des monstres de la BD indé made in USA que sont Robert Crumb et Gilbert Shelton (l'auteur des Fabulous Freak Brothers). Très drôle, bien qu'assez violent, Dungeon Quest est donc une excellente introduction à l'univers halluciné d'un artiste injustement méconnu. W