La bande dessinée repasse au rayon X

BD Après plus de vingt ans de vaches maigres, le genre érotique fait un retour en force en librairie...

Olivier Mimran
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Zep, le créateur de Titeuf, passe des jeux de cours de récréation au sport en chambre. Enfin, son personnage. Dans Happy sex (éd. Delcourt), qui sort mercredi, le dessinateur suisse se lâche et explore, avec humour mais de manière très explicite, la sexualité de Monsieur Tout-le-monde. «Après tout, faire l'amour est un centre d'intérêt universel. Si on l'aborde aussi peu en BD, c'est essentiellement par gêne», nous confie-t-il. Ça n'a pourtant pas toujours été le cas.

«Du sexe au kilo»

Les albums les plus osés ont connu leur âge d'or dans les années 1970, alors que la libération sexuelle battait son plein: les porn-pockets (des petits formats pleins de récits coquins d'origine italienne) foisonnaient dans les halls de gare, de nouveaux mensuels pour adultes, comme Charlie, Hara-kiri ou L'Echo des Savanes prônaient l'abolition des tabous par l'image. 

«A l'époque, se souvient Zep, on produisait plus d'histoires indigentes que de chefs-d'oeuvre. On vendait du sexe au kilo, c'était dans l'air du temps.» Une production paroxysmique qui a lentement et naturellement décliné dès le milieu des années 1980, avec en point d'orgue une virulente campagne de dénigrement à l'encontre de la BD de charme organisée par Charles Pasqua, alors ministre de l'Intérieur.

Renouveau

Autre temps, autres moeurs? Trois décennies plus tard, les bandes dessinées érotiques envahissent de nouveau les librairies. Mieux: le genre se paie une respectabilité nouvelle en intégrant de vénérables maisons d'édition (Fluide Glacial, Delcourt, etc.) qui n'hésitent pas à créer des collections pour mettre en avant des auteurs jadis moqués et devenus, le temps aidant, internationalement reconnus. «C'est manifeste, l'érotisme en BD connaît un renouveau, constate Zep. Pour autant, on republie essentiellement de vieux titres...» De fait, le phénomène relève surtout de la stratégie commerciale, les éditeurs recyclant principalement des fonds en sommeil. Mais en ces temps moroses, le public peut trouver là une occasion de voir la vie en rose.