Ce qu'il y a dans le livre de Frédéric Mitterrand

Alice Antheaume

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La couverture du livre "La Mauvaise Vie" de Frédéric Mitterrand, publié en 2005
La couverture du livre "La Mauvaise Vie" de Frédéric Mitterrand, publié en 2005 — DR

«Un ministre du gouvernement qui explique qu'il est lui-même consommateur» de «tourisme sexuel», ça fait mauvais genre, a rugi Benoît Hamon, le porte-parole du PS. Il dénonce l’ouvrage qu’a écrit Frédéric Mitterrand, La Mauvaise Vie, en 2005. Un livre dans lequel l’auteur, aujourd’hui ministre de la Culture et de la Communication, confie qu’il s’est livré au «commerce des garçons» en Thaïlande, dans des clubs de Bangkok.

«Tous ces rituels de foire aux éphèbes, de marché aux esclaves m’excitent énormément, écrit l’auteur. La lumière est moche, la musique tape sur les nerfs, les shows sont sinistres et ont pourrait juger qu’un tel spectacle, abominable d’un point de vue moral, est aussi d’une vulgarité repoussante. Mais il me plaît au-delà du raisonnable.» Et aussi: «La profusion de jeunes garçons très attrayant et immédiatement disponibles me met dans un état de désir que je n'ai plus besoin de réfréner ou d'occulter. L'argent et le sexe, je suis au coeur du système, celui qui fonctionne enfin car je sais qu'on ne me refusera pas».

«Mon garçon»

Plus loin, l’écrivain raconte très en détails ses ébats avec un dénommé Bird, qu'il appelle «mon garçon», et qu’il paie pour la prestation. «Je pose sur ses habits quelques billets défroissés, nettement plus que la juste somme indiquée par le manager du club, mais il (Bird) ne semble pas y prêter attention. Aussi étrange que cela puisse paraître, la prostitution est un tabou dans ce pays, à tel point que le mot qui pourrait la désigner n'existe même pas.»

Ce récit, plutôt trash, n’est en fait que l’un des onze chapitres de La Mauvaise Vie, publié en 2005 aux éditions Robert Laffont (disponible en édition Pocket désormais) et vendu à 190.000 exemplaires. «Je ne tiens pas à alimenter la polémique, prévient Betty Mialet, son éditrice, interrogée par 20minutes.fr. C’est un livre d’écrivain. Frédéric Mitterrand a beaucoup travaillé pour exprimer sa vérité. C’est sa liberté d’expression».

Pas de poursuites

Et de rappeler qu’au moment de la publication, le livre n’a pas choqué plus que ça. Selon nos informations, aucune poursuite n’a été engagée contre l’auteur à cause du contenu de son récit. En outre, l'éditrice a annoncé qu'il y aurait une prochaine parution aux Etats-Unis, la traduction en anglais du livre étant en cours.

«Un livre d’écrivain»


Ni roman ni document, «c’est un très bon livre, qui a été reconnu comme tel», défend encore Betty Mialet. De fait, les critiques littéraires parues en 2005 sont élogieuses. Il n'y a «aucun déballage obscène, a souligné Le Nouvel Observateur. Tout est dans l'allusion, dans le non-dit, dans ce frémissement fiévreux et timide qui est la marque du véritable érotisme littéraire.» De même, Le Monde a écrit que «l'on imaginait sûrement pas l'homme que révèle ce livre (...), délicat, pudique jusque dans l'impudeur».

Circonstances

Ce qui a mis le feu aux poudres pour le ministre de la Culture et de la Communication, ce sont les mots de soutien qu’il a adressés au cinéaste Roman Polanski, accusé d’avoir violé une adolescente de 13 ans. Aussitôt, cela a remis un coup de projecteur sur un ouvrage publié quatre ans auparavant.

Reste que si Frédéric Mitterrand dit dans ce livre avoir effectivement fait du tourisme sexuel, rien ne suggère, dans ses écrits, qu’il l’a fait avec des mineurs - si c'était le cas, cela serait légalement condamnable. Il parle certes de «jeunes gens» ou de «jeunes garçons» qui sont «souvent étudiants», ont parfois «une petite amie», mais ne précise pas leur âge.

Interrogé à propos de la formule «jeunes garçons», Frédéric Mitterand a confié dès 2005 qu'il appelait tous les hommes des «garçons», comme le rappelle le site Arrêt sur images, et qu'il ne faut pas mal comprendre: «Quand les gens disent les garçons, ils pensent toujours les petits garçons. Mais il n'y a aucun rapport.»