Juliette Binoche danse à corps et à coups

Stéphane Leblanc

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«Non, ce n'est pas un homme qui m'a frappé, sourit Juliette Binoche. C'est moi qui me suis jetée sur un homme.» La Française est rentrée vendredi de l'étape new-yorkaise de son spectacle In-I avec un coquard sous l'oeil droit, qu'elle ne cherche pas à dissimuler. Au contraire, c'est même une preuve de plus de l'en­gagement promis. «Corps et âme», avait-elle dit. Quitte à prendre des risques qu'elle prenait pour se prouver qu'elle était capable, à 44 ans, de «danser, tout danser».

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Et à prendre des coups, ceux de son partenaire en l'occurrence, Akram Khan. Un grand danseur et chorégraphe britannique avec qui elle s'est longtemps sentie «en décalage, lui plus dans l'émotion et moi plus dans le mouvement». Avant de trouver une source commune d'inspiration basée sur l'attirance-répulsion d'un couple amoureux.

Leur spectacle s'intitule In-I («inn-aïe », «dans l'oeil» en anglais). Un clin d'oeil, justement, aux portraits de cinéastes que Juliette peint depuis ses débuts et qu'elle a regroupé dans un livre, In Eyes, paru l'an dernier aux éditions Place des victoires. Une centaine de représen­tations plus tard, l'actrice tire un bilan positif de l'expérience. Comme un «jeu» qui aurait «bien tourné» et qui l'aurait «transformée». Pourtant, ce n'était pas évident au départ: «Je me sentais lourde, confie-t-elle. Mais, bien que je ne sois pas très à mon aise au théâtre, là, je n'ai jamais eu peur d'être jugée ou de paraître ridicule.» Jamais? «Sauf une fois, mais la salle n'était remplie que de proches et d'amis.»

La tournée de In-I, qui s'achève par dix représentations au théâtre Marigny, à Paris, lui aura donné la possibilité de se « révéler dans [s]es imperfections», confie-t-elle. Et de poursuivre «sur la voie de la création». Un chemin initié par le cinéaste taïwanais Hou Hsiao-hsien, qui lui avait laissé toute lattitude d'improviser dans son dernier film, Le Voyage du ballon rouge (2007). Des ailes de créatrice ont poussé depuis dans le dos de Juliette Binoche : elle vient de signer un court métrage et songe déjà à passer au format long.


 Du 6 au 18 octobre au théâtre Marigny (Paris).