La petite musique de Minh Tran Huy

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S'il fallait ne retenir que dix romans de cette rentrée littéraire,

La Double Vie d'Anna Song (Actes Sud), serait de toute évidence de ceux-là. Après La Princesse et le pêcheur, premier roman qui mettait en scène ses origines vietnamiennes, son auteur Minh Tran Huy relève le défi du deuxième roman, celui qui voit s'effondrer les vocations fragiles. Et sa réussite est éclatante : La Double Vie d'Anna Song raconte l'histoire d'une pianiste surdouée mais recluse, qui disparaît en laissant une oeuvre considérable, géniale et méconnue. La critique s'euphorise, mais le scandale éclate : Anna Song n'aurait jamais produit une seule note, ces enregistrements seraient le fruit d'un pillage organisé par son producteur et mari.

L'auteure s'est inspirée de l'imposture de la pianiste Joyce Hatto, révélée il y a deux ans en Angleterre. Si l'anecdote est incroyablement romanesque, ce que Minh Tran Huy en fait est magistral. L'histoire qui commence dans l'enfance d'Anna Song est racontée alternativement par des coupures de presse et le témoignage d'un mari plus complexe qu'il n'y paraît. Dans un style rapide et lumineux, l'auteur mène cette histoire avec l'assurance d'un écrivain chevronné. Jusqu'à la toute dernière page, Minh Tran Huy prouve à ceux qui en douteraient que le roman français peut avec aisance réconcilier le style et l'histoire. W

Karine Papillaud