Un art qui n'est pas porté par les courants

Clémence Millet

— 

On peut s'amuserà chercher des similitudes entre les oeuvres d'artistes d'un même pays.
On peut s'amuserà chercher des similitudes entre les oeuvres d'artistes d'un même pays. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

En 2007 déjà, lors de la première édition de Photoquai, le débat faisait rage : y a-t-il une photographie extra-européenne ? Qu'est-ce qui distingue le travail d'un artiste péruvien de celui d'un Espagnol, d'un Japonais ou d'un Allemand ? L'histoire des arts a été marquée par l'émergence d'écoles stylistiques propres à des territoires. Qu'en est-il des courants photographiques ?

« Il y a eu des courants artistiques chez les photographes non occidentaux, mais leurs spécificités sont désormais moins évidentes, explique une commissaire de l'école d'Arles, représentée à Photoquai. On peut faire une excellente photo aussi bien avec du super matos qu'avec un numérique ordinaire. Aujourd'hui, le travail sur l'image peut être effectué de façon identique dans n'importe quel coin du monde. On voit parfois de petites touches, des influences, mais cela ne dure pas. Les images, comme les courants, sont moins fixes. »

Martha Langford, commissaire au Centre culturel canadien, réfute cette idée. Pour elle, « ce n'est pas le numérique qui mondialise la photo et uniformise les clichés, mais bien un marché de plus en plus global. » Elle insiste également sur le rôle d'Internet. Les échanges entre photographes non occidentaux, qui se faisaient auparavant au cours de rares voyages, sont aujourd'hui virtuels, mais démultipliés. « Le Web contribue aux regards croisés. Pour autant, les artistes conservent des problématiques de territoires, d'identités personnelles, propres à leurs origines. » Martha Lang­ford prend l'exemple de son pays, le Canada. « Les problématiques évoquées font partie de l'expérience de chaque photographe, de leur souffrance, de leur condition. » La plupart des artistes formés au Canada ont ainsi des inspirations communes, comme la persistance d'une identité aborigène dans leur pays.

Les visiteurs de Photoquai pourront, pour vérifier cette hypothèse, se prêter à un petit jeu. Observez les photographies d'artistes d'un même pays. Par exemple, trois photographes représentent le Kazakhstan. Les oniriques paysages de Said Atabekov partagent plus qu'un arrière-plan exotique avec les montages décalés de Erbossyn Meldibekov et Nurbossyn Oris. Martha Langford utilise le joli terme de « rebondissement » entre la situation politique et sociale dans un pays, d'une part, et l'utilisation qui en est faite par les photographes, d'autre part. C'est dans ce « rebond » que l'art vient se loger. W