« Je suis iranienne et les engagements que je dois prendre ont influencé cette sélection »

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La plupart des artistes sélectionnés sont quasiment inconnus en France. Est-ce un choix délibéré ?

Quand on réalisait qu'un photographe était connu en Occident et qu'il y avait des galeries qui s'intéressaient à ses travaux, ça nous faisait réfléchir... Bien sûr, la qualité du travail était primordiale, mais notre sélection était basée sur le principe de la découverte.

Connaissez-vous personnellement les photographes exposés ?

Non, même si une image nous informe toujours sur l'identité du photographe. J'ai hâte de rencontrer la trentaine d'artistes qui vont pouvoir venir. Je suis curieuse de connaître leurs conditions de travail, leur parcours.

Est-ce qu'un photographe originaire d'un pays très pauvre ou en guerre avait plus de chances d'être sélectionné ?

Non, même si nous avons d'autant plus d'admiration pour quelqu'un qui fait des images extraordinaires dans des conditions très difficiles. Par exemple, je sais que A Yin, originaire de Mongolie, réalise un travail très consistant dans un contexte dur : un pays très pauvre où il n'y a aucune formation à la photo.

Certains pays sont représentés par deux ou trois photographes. D'autres sont absents...

Je ne veux en tirer aucune conclusion. On n'a pas cherché d'équilibre géographique. Il y a eu des régions du monde d'où sont sorties beaucoup d'images de très grande qualité, et d'autres où il n'y en avait pas...

Partiez-vous avec une idée précise du type de photos que vous vouliez ?

Pas du tout, c'est parti dans tous les sens. La sélection n'est pas homogène parce que nous ne nous sommes rien interdit. Mais même s'il n'y a pas de thématique précise, il y a un esprit. Je suis iranienne. Il y a des engagements que je dois prendre et qui ont influencé cette sélection. Elle n'est donc pas très gaie, mais poétique.

Parfois assez violente aussi...

Il n'y a pas du tout de photos de guerre. On n'a pas besoin de montrer les corps déchiquetés et le sang versé pour exprimer la douleur et la violence. On a privilégié la subtilité. Par exemple, quand Ilan Godfrey parle de la violence dans l'histoire de son pays, l'Afrique du Sud, c'est comme s'il arrivait après coup et montrait la solitude qui succède à la violence.

Certains travaux sont très intimistes. Est-ce que chaque série nous parle du pays d'où vient le photographe ou du photographe lui-même ?

Chaque photographe raconte une histoire de son propre pays. Avec un regard sur lui-même ou sur la société, peu importe. Quand Arthur Renwick fait des autoportraits grimaçants, il fait référence aux masques indiens du Canada. Melisa Önel parle, elle, de la condition des femmes turques sans pancarte ni exotisme. Les cartes postales, on n'en veut pas. W

Recueilli par B. C.