Willy Ronis, photographe de la condition humaine

DISPARITION Il est décédé à l'âge de 99 ans dans la nuit de vendredi à samedi...

20minutes.fr

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Le photographe Willy Ronis visite l'exposition qui lui rend hommage à l'Hotel de Ville de Paris le 18 janvier 2005.
Le photographe Willy Ronis visite l'exposition qui lui rend hommage à l'Hotel de Ville de Paris le 18 janvier 2005. — GINIES/SIPA

Le doyen des photographes français, s'est éteint samedi à l'âge de 99 ans, a indiqué à l'AFP le PDG d'Eyedea Presse, dont dépend l'agence de photo Rapho où il travaillait. Willy Ronis, qui ne se déplaçait plus qu'en fauteuil roulant, était affaibli par son grand âge et les dialyses «qu'il subissait régulièrement», a précisé Stéphane Ledoux, patron d'Eyedea (Gamma, Rapho...). Mais «il a été clair dans son esprit et pétillant jusqu'au bout».

Un an avant de mourir, Willy Ronis avait confié qu'il croyait que ses photos montraient son intérêt pour la condition humaine. «Je n'ai jamais aimé chercher l'étrangeté, photographier la difformité par exemple, a-t-il dit lors d'un entretien accordé au Monde. Les choses désagréables à voir, je n'ai pas envie de les voir, et encore moins de les montrer aux autres. Je suis un photographe de la vie quotidienne, de ce qu'on voit en circulant dans la ville. Je regarde les gens, j'ai envie de les photographier et de creuser un peu ce qu'a été leur vie.»

Photographe engagé

Né en 1910, à Paris, l'auteur des Amoureux de la Bastille a eu son premier appareil photo à l'âge de 16 ans. Un cadeau de son père, ukrainien, photographe de quartier. Mais ce contemporain de Doisneau et Cartier-Bresson se passionne d'abord pour la musique et le dessin. Comme sa mère, lituanienne, qui donnait des leçons de piano.

Au retour du service militaire, en 1932, Willy Ronis abandonne la musique pour reprendre la boutique de son père, malade. En 1936, Ronis laisse le magasin et devient photographe pour la presse, l'industrie, la mode et la publicité. 1936, c'est aussi le Front Populaire. Ronis publie dans la revue Regards ses premiers reportages sur les mouvements sociaux, notamment les grèves chez Citroën.

«Sa photo était profondément humaniste et vraie. C'était un des plus grands photographes de son temps, qui nous a offert un regard sur la France», a repris Stéphane Ledoux. «Nous avons tous beaucoup de peine. Il a toujours eu une grande fidélité pour Rapho. Il laisse seuls une équipe et des gens avec qui il a travaillé pendant des années avec beaucoup de chaleur», a-t-il ajouté.

Il arpente les rues de Paris

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il déserte la photo. Au hasard des rencontres, il devient régisseur de théâtre, aide-décorateur de cinéma, ou peintre sur bijoux, avec Marie-Anne qu'il épouse en 1946. A la Libération, Ronis participe à la renaissance de la presse illustrée. En 1946, il fait partie de la première équipe de l'agence Rapho avec Robert Doisneau et Brassaï. A partir de 1947, Ronis se passionne pour les quartiers de Belleville et de Ménilmontant. Il arpente les rues de ce Paris populaire, sans monument, et le fige sur la pellicule.

«Ce qui caractérise sa photo, c'est une distance particulière à son sujet, ce qui est très difficile. Il était unique», a confié François Hebel, directeur des Rencontres photo d'Arles dont le photographe était l'invité d'honneur en juillet. Selon lui, Willy Ronis «n'était pas un photographe de l'entrisme, il n'était pas comme Robert Capa à s'approcher au plus près de l'événement, à rentrer dans son sujet».

Officier de la légion d’honneur

En 1955, Ronis quitte Rapho (qu'il rejoindra plus tard). Il se consacre alors à la mode et à la publicité. Enseignant la photo à Paris et en Provence à partir de 1968, le Parisien se retire une dizaine d'années à Gordes (Vaucluse) et retrouve la capitale en 1983. Cette année-là, il fait don de ses archives à l'Etat, mais en reste le dépositaire de son vivant.

A la fin des années 70, c'est la consécration: Grand Prix des arts et lettres pour la photographie (1979), il est en 1980 l'invité d'honneur des Rencontres internationales de la photographie en Arles et son livre Sur le fil du hasard reçoit le prix Nadar (1981). Expositions, rétrospectives et hommages se succèdent, notamment à Paris en 1985, 2005-2006. Fin 2008, il publie Nues, retraçant cinquante-six ans de travaux. En juillet dernier, il avait été une nouvelle fois l'invité d'honneur des 40èmes Rencontres photo d'Arles. Willy Ronis était officier de la légion d'honneur.

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