Veilhan réveille Versailles, pas la polémique

ART Un an après Jeff Koons, le château de accueille plusieurs oeuvres inédites du plasticien français...

Benjamin Chapon

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Exposition de Xavier Veilhan au château de Versailles, du 13 septembre au 13 décembre 2009.
  Exposition de Xavier Veilhan au château de Versailles, du 13 septembre au 13 décembre 2009. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

La galerie des Glaces à Versailles résonne encore des cris d’effroiprovoqués par les oeuvres de Jeff Koons que le château invite à nouveau un artiste contemporain. Un an après que l’Américain mégalo a réveillé la polémique bidon «Faut-il exposer de l’art contemporain dans un lieu patrimonial?», c’est le plasticien français Xavier Veilhan qui s’y colle. Non sans radicalité mais avec prudence, l’artiste a préféré installer l’essentiel de ses créations à l’extérieur du château, notamment dans la cour d’honneur et les jardins.

 « Révéler l’échelle de l’endroit »

Là où Koons faisait dans la provoc lourdaude et clinquante, Xavier Veilhan travaille sur la symétrie et le rapport à l’espace. Son gigantesque mobile rend ainsi à l’escalier nord toute sa démesure.  «Je suis content parce que l’oeuvre fait lever les yeux», se félicite l’artiste. Là où Koons se plaçait, par bravade, dans la lignée d’un Louis XIV omnipotent, Veilhan se met sous la tutelle des grands architectes.

Plusieurs moulages de grands constructeurs du XXe siècle sont placés dans la plate-forme haute des jardins. Ces silhouettes noires, créées d’après un scan des «originaux», de Claude Parent à Jean Nouvel ou Renzo Piano, forment une ligne de sentinelles, qui veillent sur la perspective royale des jardins. «De la cour aux jardins, mon parcours d’œuvres respecte l’alignement est-ouest du château. J’ai cherché à révéler la mesure et l’échelle de l’endroit, et à inciter à la promenade.»

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Avec ce qu’il faut de prétention pour se mettre au niveau de la grandiloquence versaillaise, Xavier Veilhan fait aussi preuve d’humilité: «Mon travail n’a pas strictement besoin d’être conçu comme de l’art. Ces objets qui surgissent dans ce contexte sont comme des événements visuels. L’important est de se mettre au niveau du public.»

Une dimension pop

Même le carrosse violet qui accueille les visiteurs est d’une stylisation plus sympathique que choquante: «J’aime les oeuvres accessibles et évocatrices, avec une dimension pop. Ma démarche est radicale, mais pas iconoclaste. Je ne voulais pas heurter les lieux.» Xavier Veilhan, qui a beaucoup travaillé avec le site de cartographie Google Earth, a créé des oeuvres qui révèlent un Versailles à la mesure de l’homme moderne, l’homme qui asservit l’espace, même infini, à sa géométrie. Le gisant géant représentant le cosmonaute Youri Gargarine, placé en aplomb de la chambre du roi, est ainsi un clin d’oeil à la conquête de l’espace: «Gargarine est le premier homme qui a vu la Terre comme un objet, qui s’est extrait de son milieu pour voir d’un œil neuf. C’est un peu le rôle de l’art.»