Annie Leibovitz, le cliché du génie dépensier

FAILLITE La photographe des stars pourrait perdre ce soir tous ses droits sur ses oeuvres

Benjamin Chapon

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Annie Leibovitz, lors d'un shooting pour Vogue, le 30 janvier dernierà New York.
Annie Leibovitz, lors d'un shooting pour Vogue, le 30 janvier dernierà New York. — MANTEL / SIPA

La photographe la plus chère du monde est ruinée. Ce mercredi soir, à minuit, Annie Leibovitz devait perdre les droits sur ses célébrissimes clichés si elle ne remboursait pas les 24 millions de dollars que lui réclame son créancier Art Capital Group.

>> Mise à jour du jeudi 10 septembre. Les créanciers d'Annie Leibovitz ont pour le moment gardé le silence «mais cela pourrait changer», ont-ils fait savoir.


Cette institution financière lui avait prêté l'argent en décembre 2008 en échange d'une hypothèque sur ses oeuvres. Mais Comment l'une des photographes les plus réputées et les mieux payées du monde a-t-elle pu en arriver là?

Robert Pledge, éditeur et ami de toujours de la photographe, s'agace un peu quand on présente Annie Leibovitz, 59 ans, comme une dépensière invétérée. «Elle est surtout très généreuse. Pour elle-même, elle ne dépense quasiment rien. Elle n'est pas intéressée, intellectuellement, par l'argent. C'est un concept qu'elle ne comprend pas.» Du coup, l'artiste a fait quelques mauvais coups immobiliers qui l'ont mise sur la paille, crise financière aidant. Par exemple, alors qu'elle effectuait des travaux sur son appartement new-yorkais, des voisins se sont plaints... Annie Leibovitz a donc, tout naturellement, acheté leur immeuble. Même inconscience lorsqu'elle achète une propriété sur un coup de foudre qui lui coûte aujourd'hui une fortune en entretien.

Si elle n'a clairement pas le sens des affaires, Robert Pledge vante «sa curiosité visuelle, son énergie, son talent inouï pour inventer de nouvelles manières de photographier les gens » et ne la blâme pas pour son «insouciance» ni sa propension à dépenser sans compter. «On a beaucoup exagéré ses frasques ou ses dépenses. Bien sûr, elle dépasse toujours les budgets, comme tous les génies. Dès ses premières photos pour le magazine Rolling Stone, on voit bien que son travail ne ressemble à aucun autre. Sa personnalité non plus.» Celle qui s'est fait connaître par des photos scénarisées de stars supporte assez mal d'être au centre des attentions médiatiques. « Elle s'inquiète pour ses enfants et ses employés surtout. Mais je ne sais pas si elle réalise ce qu'elle peut perdre...»