Delanoë squatte le créneau underground

CULTURE Le maire de Paris a rouvert l'ancienne résidence d'artistes de la rue de Rivoli...

Alexandre Sulzer

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 Bertrand Delanoë en juillet 2008.
 Bertrand Delanoë en juillet 2008. — N.CHAUVEAU/SIPA

Esprit squat, es-tu encore là? Telle était la question sous-jacente hier lors de l’inauguration du «59Rivoli» par le maire (PS) de Paris Bertrand Delanoë. L’immeuble bourgeois de 1.500 mètres carrés, ancienne propriété du Crédit Lyonnais rue de Rivoli (1er arrondissement), était un emblème de la scène underground parisienne: de 1999 à 2006, il était squatté par le collectif d’artistes «Electron libre». La ville l’a racheté en 2002 pour 4,57 millions d’euros et, pour 5,56 millions d’euros, y a mené d’importants travaux de rénovation et de mise en sécurité.

Hier donc, le « 59 » rouvrait avec ses éternelles toiles d’artistes, ses objets de récupération et ses sculptures déjantées. Mais aussi des murs tout blancs et tout propres, des portes coupe-feu, de peu audacieux panneaux de sorties de secours et même des horaires d’ouverture. «C’est plus un squat, c’est un aftersquat», explique Gaspard Delanoë, l’artiste le plus médiatique de la trentaine (dont vingt faisaient partie du collectif d’origine) qui auront désormais un atelier sur place. Mais plus de logements. Les étages inférieurs accueilleront des expos provisoires. L’association «59Rivoli» louera l’ensemble pour 100 euros symboliques mensuels.

«J’espère que ça va rester un peu dingue», s’inquiète d’emblée le maire de Paris qui regrette que le gros clown qui ornait la façade ait disparu. «Oui, il faut qu’il y ait une signalétique», ose Jean-François Legaret, le maire (UMP) du 1er arrondissement. «C’est bien trop conformiste», le casse aussitôt Bertrand Delanoë. L’édile serait-il passé maître dans l’art de la récupération? «Je n’ai pas envie de les normaliser, répond-il. J’ai envie de les sécuriser.» Gaspard, l’autre Delanoë présent, s’énerve aussi lorsque l’on pose la question. «Avant, on risquait l’expulsion en permanence et on se prenait les CRS dans la gueule.» Et Christophe Girard, l’adjoint à la culture, de conclure: «De toute façon, je ne sens pas ce lieu apaisé mais tellurique».

>> Plus d’infos sur www.59rivoli.org