Anne Baldassari: «Picasso mérite un nouveau musée»

CULTURE La directrice du musée Picasso, niché dans le cœur du quartier du Marais, à Paris, explique pourquoi l'établissement ferme à partir de dimanche pour plus de deux ans...

Sandrine Cochard

— 

 
  — LUCAS DOLEGA/EPA/SIPA

Dimanche 23 août, les visiteurs du musée Picasso, à Paris, trouveront porte close dès 18h. L’établissement se lance en effet dans un vaste chantier de modernisation et de remise aux normes qui durera plus de deux ans.
 
«Les surfaces à réaménager, de l'ordre de 3.000 mètres carrés utiles, comprennent notamment les espaces d'accueil, les espaces liés aux activités pédagogiques et culturelles, et les salles d'expositions», indique le musée sur son site. Contactée par 20minutes.fr, Anne Baldassari, la directrice du musée depuis 2005, apporte des précisions. «Le musée Picasso est un bâtiment qui date de 1985. Il n’est donc plus aux normes en matière d’accueil du public, explique-t-elle. Les travaux vont nous permettre de facilité l’accès aux personnes à mobilité réduite, de refaire la climatisation et les ascenseurs et de repenser complètement le musée.»
 
Plus de visiteurs
 
Plus qu’un toilettage, le musée Picasso ambitionne de changer sa stratégie pour doper son nombre de visiteurs. Actuellement, le musée reçoit 500.000 curieux par an, dont 65% d'étrangers. La directrice voudrait accroître la fréquentation annuelle à 800.000 visiteurs, voire un million. «Pendant plus de vingt ans, la collection n’a pas changé, les tableaux n’ont même pas bougé de place! C’est un concept totalement obsolète, souligne Anne Baldassarri. Le public est plus exigeant aujourd’hui. Les collections permanentes permettent d’attirer un public étranger, mais le public de proximité, constitué des personnes vivant en France, se capte grâce aux expositions temporaires. Or, sans exposition temporaire, un musée meurt. C’est pourquoi nous prévoyons d’en proposer trois par an à l’avenir.»
 
Plus de surface
 
Ces travaux permettront également d’exposer davantage d’œuvres. «Nous possédons actuellement plus de 5.000 oeuvres de Picasso mais nous n'en exposons qu'un nombre limité, faute d'espace», note encore la directrice. Des travaux de réaménagement seront menés dans «l’aile des Communs», où deux grands plateaux seront créés, l’un au rez-de-chaussée et l’autre au sous-sol. «Ils permettront un meilleur accueil du public scolaire, qui représente 50.000 visites par an, avec un espace jeune public, s’enthousiasme Anne Baldassari. Cette aile abritera également une salle de conférence et de projection.»
 
Les travaux se dérouleront en deux temps. La première phase a été confiée à l'architecte Jean-François Bodin, qui a remodelé de nombreux musées. «Les travaux débuteront dès lundi par le conditionnement et le déménagement des 5.000 œuvres du musée puis, à partir du 1er janvier, nous nous attaquerons à la structure intérieure de l’Hôtel Salé, explique la directrice. Nous tablons sur une réouverture en février 2012.»
 
30 millions d’euros
 
Cette première partie coûtera «environ 23 millions d’euros», selon elle. Une deuxième phase, qui nécessite des autorisations administratives, devrait suivre avec la construction d'une extension le long du jardin de 850m2, précise encore Anne Baldassari.
 
Au total, le chantier devrait coûter «une trentaine de millions d'euros». Le musée financera le chantier à hauteur des deux tiers du total, le ministère de la Culture couvrant le reste des frais. Quant au personnel d'accueil et de surveillance (70 personnes) du musée, il sera redéployé dans d'autres établissements. L'équipe administrative et scientifique (une vingtaine de personnes), qui oeuvrera pour la métamorphose du musée Picasso, sera relogée dans un service du ministère.