«Without Sanctuary» ou la barbarie en cartes postales

PHOTO L'exposition choc des Rencontres photographiques d'Arles sur les lynchages du siècle dernier aux Etats-Unis...

ED

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Le lynchage de Thomas Shipp et d'Abram Smith, le 7 août 1930 à Marion, Indiana.
Le lynchage de Thomas Shipp et d'Abram Smith, le 7 août 1930 à Marion, Indiana. — CENTRE POUR LES DROITS CIVIQUES ET HUMAINS D'ATLANTA

C'est en grimpant en haut du cloître Saint-Trophisme que l'on découvre l'horreur. Des dizaines de petits cadres contenant des photographies jaunies par les années mais qui n'ont rien perdu de leur violence. Des images qui témoignent des milliers de lynchages, perpétrés aux Etats-Unis au début du siècle dernier. Bienvenue dans l'exposition «Without Sanctuary. How did we do this?» (Sans sanctuaire. Comment avons-nous pu faire cela?), l'exposition événement des 40e Rencontres photographiques d'Arles, qui ont démarré début juillet.
 
Le déni d'humanité en cartes postales
 
Au total, c'est plus de 70 photos de scènes d'exécutions réalisées entre 1900 et 1930 dans le sud des Etats-Unis qui sont présentées pour la première fois au public européen. La grande majorité de ces lynchages concerne des noirs, pendus, brûlés et torturés, bien souvent avant même d’être jugés. Prises en souvenir, ces photos ont quelquefois été transformées en cartes postales et envoyées à la famille pour témoigner de ce glorieux trophée. Difficile de retenir ses larmes en regardant ces scènes de barbarie humaine, ce cliché d'une foule de badauds encerclant un corps calciné au bout d'une corde au dos duquel on peut lire «Voici notre barbecue d'hier soir». Glaçant.
 
Identification des victimes
 
Ce cadavre carbonisé, c'est celui de Jesse Washington, accusé de meurtre et exécuté le 8 mai 1916 au Texas. Il avait 17 ans et est mort d'être noir. Il a fallu 25 ans à deux Américains pour constituer cette collection de plus de 200 clichés, aujourd’hui propriété du Centre pour les droits civiques et humains d'Atlanta. Mais au-delà de cette accumulation d'images insoutenables, c'est surtout l'impressionnant travail d'identification des victimes mené par ces deux hommes qui force le respect. Et redonne un peu d'humanité à ces clichés qui en sont dépourvus. A voir absolument à Arles, jusqu'au 13 septembre 2009.