Pourquoi les séries télé trash fascinent?

LH

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L'acteur Thomas Jane, interprète de Ray Drecker dans la série "Hung".
L'acteur Thomas Jane, interprète de Ray Drecker dans la série "Hung". — © Home Box Office (HBO)

Il s’appelle Ray Drecker, est le héros de la série «Hung», et ses premières mésaventures ont rassemblé 3,7 millions de téléspectateurs américains dimanche 28 juin, sur la chaîne câblée HBO. Atypique héros, père de famille divorcé, il choisit de se prostituer pour gagner plus d’argent. Grâce à lui, HBO a réalisé son meilleur lancement de série depuis deux ans.

«Hung» fait partie de la longue liste des séries dites politiquement incorrectes qui se multiplient sur les écrans américains depuis cinq ans. Elles se nomment «Dexter», «Damages», «Californication» ou encore «Nip/Tuck» et montrent drogue, sexe, alcool et coups bas.

Shit, insultes et porte-jarretelles

Les scénaristes s’en frottent les mains. La série «Weeds», épopée burlesque d’une mère de famille dealeuse de drogues dans les beaux quartiers californiens, connaît un succès inébranlable, malgré ses scènes de sexe et de défonce à la marijuana. Le 8 juin à 22h, le lancement de la saison 5 a enregistré 1,7 million de spectateurs sur la chaîne Showtime, un record dans l’histoire de cette chaîne.

La prostitution, masculine comme féminine, attire les curieux. «Secret Diary of a Call Girl», dont l’héroïne est une prostituée de luxe qui explique les dessous de sa profession face caméra, a séduit 1 million de personnes le soir du 16 juin, également sur Showtime. «Aux Etats-Unis, les chaînes câblées qui diffusent des séries décalées voient leurs audiences augmenter, ce qui effraie les chaînes classiques qui ont peur de se faire dépasser», explique à 20minutes.fr Manuel Raynaud, fondateur du site Spin-Off, spécialisé dans les séries.

Showtime n’en est pas à ses premières réussites. Elle a été la première à diffuser la série «Dexter» en 2006 – le personnage principal est policier le jour et tueur en série la nuit. «Les spectateurs en ont marre de regarder des séries policières dans lesquelles des inspecteurs résolvent 98% des enquêtes», ajoute Manuel Raynaud. La tendance est donc à l’humour noir et au sarcasme grinçant. Au festival de télévision de Monte-Carlo 2009, l’insolence de «Docteur House» a même dépassé les sacro-saints «Experts» sur le podium des séries les plus regardées dans le monde. En 2008, les diagnostics du méchant médecin ont passionné 81,8 millions de téléspectateurs dans le monde entier. Ce qui leur plaît?, reprend Manuel Raynaud, c’est le principe «on se regarde patauger dans la merde et ça nous amuse».
 
Ça promet pour la suite…

À la rentrée, les Américains verront l’actrice Courtney Cox en mère de famille nymphomane dans la série «Cougar Town», et suivront «Accidentally on Purpose», dans laquelle une femme d’âge mur tombe enceinte d’un jeune homme après un flirt d’une nuit. Pas si cash, mais décalé par rapport aux bonnes moeurs.  

Frilosité hexagonale?

La France essaie de ne pas être en reste. Notamment avec «Breaking bad», sur Arte, qui met en scène Walter White, un professeur de chimie malade du cancer qui tient un laboratoire de méthamphétamines pour subvenir aux besoins de sa famille. «La France est paradoxale, dit Manuel Raynaud. TF1 diffuse “Docteur House”, mais ne laissera jamais un scénariste français créer un personnage aussi provocateur.» Pourtant, la chaîne se bat pour obtenir des séries américaines, parfois trash, tout en en coupant parfois des scènes. Pour diffuser le premier épisode de «Fringe», TF1 a supprimé la scène où le visage du pilote de l’avion fond comme neige au soleil.