La mode priée de représenter le monde réel

COUTURE Pour sa semaine de la mode, le Brésil impose un quota de mannequins noirs dans les défilés…

Sandrine Cochard avec agence

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  — HUSSEIN SAMIR/SIPA

La haute couture est-elle (enfin) en train de découvrir le monde réel? La Sao Paulo Fashion Week, la semaine de la mode la plus prestigieuse d'Amérique du sud, s'ouvre mercredi avec une particularité: chaque défilé devra compter un certain quota de mannequins noirs.
 
10% de peaux mates
 
Les organisateurs de cette 27ème semaine de la mode, édition été 2010, se sont en effet engagés à ce que les 40 couturiers qui participent à l'événement embauchent au moins 10% de modèles noirs, métis ou indiens. Cette décision a été prise sous la pression des mannequins et de la justice, saisie après la Fashion week de janvier dernier: seuls huit des 344 mannequins présents étaient noirs. Un chiffre inacceptable pour de nombreux Brésiliens, 49% de la population brésilienne étant noire ou métisse.

Témoin de cette fracture, la consultante de mode Erika Palomino. «J’ai toujours été impressionnée par le fait que les podiums brésiliens ne reflétaient pas la diversité raciale», a-t-elle expliqué à l’AFP. Selon elle, le Brésil est un pays qui, en matière de mode, a toujours suivi les modèles européens. Les quotas imposés cette semaine marquent la volonté du pays de «rompre avec cette tendance», se réjouit-elle.

En France, la diversité n’est pas mieux représentée… Le documentaire «Tops in Paris» de Joël Daguerre, diffusé en mai dernier sur France 3, évoque la discrimination dont les mannequins noires et métisses sont victimes.
 
La maigreur épinglée aussi
 
Ce n’est pas la première fois que la mode se fait rappeler à l’ordre. Ainsi en janvier 2007, l’Espagne avait interdit les défilés aux mannequins dont l'indice de masse corporelle était en dessous de 18, soit environ 56 kg pour 1,75 m, selon les critères de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette décision faisait suite au décès d’un mannequin brésilien de 18 ans qui pesait 40 kg pour 1,74 m. Cette initiative avait été reconduite à Rome, en juillet 2007, où 15 mannequins avaient également été exclues des podiums car jugées «trop maigres».
 
La France avait ensuite réagi avec une «charte d'engagement volontaire sur l'image du corps et contre l'anorexie», signée le 9 avril 2008 par des professionnels de la mode, de la publicité et des médias et la ministre de la Santé de l’époque, Roselyne Bachelot. Un texte pour la forme puisqu’il ne comprenait pas de mesure contraignante.