Et Tillieux inventa le polar rigolo

Olivier Mimran

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Héros emblématique de l'âge d'or du journal

Spirou

, Gil Jourdan demeure

peu connu du grand public...

Peut-être parce que ce détective privé « à la française » n'a pas survécu à son génial créateur, le Belge Maurice Tillieux, disparu en 1978. Une injustice désormais réparée par les éditions Dupuis, qui sortent une intégrale chronologique, agrémentée d'un dossier très complet de José-Louis Bocquet, et prévue en quatre volumes. Le premier d'entre eux compile les quatre premiers épisodes de cette série lancée en 1956, dans lesquels apparaissent progressivement les ingrédients à la base de son succès : un dessin léché (voisin de ceux de Franquin, Jijé, Will ou Greg), des dialogues enlevés - qui valurent d'ailleurs à Tillieux d'être comparé au grand Michel Audiard - et un humour omniprésent, jusqu'alors inconcevable dans les BD policières de l'époque. On y suit, dans un Paris très populaire, les trépidantes premières aventures du jeune Jourdan flanqué de Libellule - un cambrioleur benêt qu'il a aidé à s'évader pour en faire son assistant -, de Queue-de-cerise, sa jolie et débrouillarde secrétaire, et de l'irascible inspecteur de police Croûton. Et si la série accuse naturellement un peu le poids des années, nul doute que son charme suranné saura ravir les vieux fans et séduire un jeune lectorat. W