Amandine Bourgeois: «J'ai dû me battre pour imposer mon univers»

INTERVIEW Amandine Bourgeois, la gagnante de «Nouvelle Star» 2008, a sorti lundi son premier album...

Propos recueillis par Sandrine Cochard

— 

 
  — (c) Thierry Rajic

Ceux qui avaient découvert Amandine Bourgeois dans «Nouvelle Star» risquent d’être surpris voire déçus. La chanteuse, dont la voix éraillée s’était attaquée avec succès aux standards du rock, revient avec un premier album folk aux mélodies un peu trop tranquilles. Rencontre.


 
Votre album «20m2» tranche résolument avec le registre rock dans lequel le public vous a connue. Pourquoi ce virage?
Il ne s’agit pas d’un virage car l’album comporte des chansons que j’avais composées avant «Nouvelle Star». Ce que le public connaît de moi via «Nouvelle Star», où les candidats ne choisissent pas les chansons qu’ils interprètent, n’est qu’une de mes facettes. Dans l’émission, il faut choisir un titre parmi trois proposés par la production. Avec les titres qu’on m’a proposés, on a pu s’apercevoir que j’étais capable de performance. Dans cet album, j’exploite toutes mes facettes pour faire découvrir une Amandine plus rigolote et plus fofolle.
 
C’est-à-dire?
Dans cet album, j’ai préféré mettre la performance de côté pour privilégier les histoires. J’adore le théâtre et j’ai voulu retrouver cette ambiance avec une galerie de personnages à interpréter. Les textes ne sont pas tous autobiographiques et certains sont des petites saynètes prétextes au jeu. La chanson «Sale bain», que j’ai écrite avant «Nouvelle Star», en fait partie. Elle raconte l’histoire d’une femme qui se fait aspirer par le siphon de sa baignoire et qui se retrouve à errer dans les canalisations.
 
Vous avez donc puisé dans d’autres références que Janis Joplin, à laquelle le jury de l’émission vous a comparé l’an passé?
J’étais très flattée de ce compliment, même si je le trouvais démesuré, mais ce n’est pas ce que j’écoute à la maison. J’aime beaucoup les Rita Mitsouko, Camille, Fiona Apple… J’ai dû me battre pour imposer mon univers car la maison de disques m’avait d’abord proposé un album de reprises. Ça me frustrait trop d’avoir fait tout ce chemin pour faire des reprises.
 
Avec qui avez-vous travaillé pour votre album?
J’ai écrit et composé une bonne partie des chansons. Je me suis aidée de Guillaume Soulan, compositeur toulousain, pour les cordes et les arrangements et de mon papa, jeune auteur de 60 ans, qui m’a aidée à structurer et à apporter de la maturité à certains textes. J’ai également collaboré avec Marianne Moffatt (artiste québécoise, ndlr) qui a écrit «L’homme de la situation», Jeanne Cherhal sur le morceau «Etranger», Rose sur «Du temps», Ludéal sur «Sans lui» et Joseph d’Anvers qui a écrit «Tant de moi».
 
Pourquoi ce titre, «20m2»?
C’est la surface de mon studio à Toulouse. C’était une manière de dire qu’il est possible de se sentir libre de rêver et de créer dans un lieu confiné et restreint.
 
Vous affirmez ne pas vouloir d’étiquette. Vous en avez pourtant une, celle de «Nouvelle Star»…
Oui mais elle est plutôt cool à porter. Christophe Willem et Julien Doré ont ouvert le passage et mis la barre haute, apportant une vraie crédibilité à l’émission. On peut aujourd’hui dire qu’elle révèle de vrais talents.
 
Le niveau de cette année est pourtant décevant
On ne peut pas juger un artiste dans une émission de télécrochet, très formatée, car on y chante que des reprises. Je suis admirative du travail de Camélia-Jordana qui n’a que 16 ans mais a déjà une voix de chanteuse soul incroyable. Je me sens aussi très proche de la personnalité déjantée de Leïla.
 
Craignez-vous le téléchargement illégal?
Je pense que tout travail mérite salaire et qu’il faut donc acheter les chansons des artistes. Un album, ça prend du temps. On peut te dire que tu n’as pas de mérite parce que c’est ta passion, mais il y a tout de même un travail derrière. Après, c’est la question du prix de la culture qui fait débat. Elle ne devrait pas être chère. En revanche, je ne suis pas pour le tout répressif. Je pense aussi que l’on se trompe de cible en s’attaquant aux particuliers. Après tout, on nous vend des logiciels pour télécharger et des graveurs de CD et on nous dit «ne téléchargez-pas»! C’est le même système que pour les cigarettes: on nous en vend librement mais il ne faut pas en acheter!
 
Et à combien vendriez-vous votre album?

Allez, 5,50 euros (rires). Sérieusement, entre 8 et 9 euros me semblerait être un prix juste.